Pierre Moerlen's Gong - Downwind

25/01/2011

Par Florent Simon

Label: Esoteric Recordings

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Lorsqu’en 1979 Pierre Moerlen prend les rênes de Gong à l’occasion du transfuge de Virgin à Arista, le groupe est déjà une légende du rock progressif français. Percussionniste émérite, diplômé du conservatoire de Strasbourg, cet Alsacien issu d’une famille de musiciens a intégré la joyeuse troupe en 1973 pour remplacer Laurie Allan derrière les fûts, à l’époque de Angel’s Egg. Il ne lui faudra pas longtemps pour être considéré comme un batteur au style unique alliant modernité, puissance et originalité, et s’il est encore besoin de le prouver aujourd’hui, des morceaux de bravoure comme « Master Builder » ou « I Never Glid Before » parlent d’eux-mêmes.

Gong est sorti tout droit de l’imagination farfelue de Daevid Allen, bloqué en France en 1967 suite à une interdiction de rejoindre le territoire anglais avec son groupe The Soft Machine. Il recrute alors sur place des musiciens talentueux comme Tim Blake, Didier Malherbe ou Steve Hillage pour monter Gong et réaliser ensemble ces albums psychédéliques alliant comique et cosmique, dont la trilogie Radio Gnome Invisible constituée de Flying Teapot, Angel’s Egg et You, véritable sommet artistique et commercial.

Mais lors des incessants changements de personnel, les ténors de la formation finissent par déserter peu à peu la théière volante, assombrissant son avenir malgré des recrues de choix que sont l’ex-Magma Francis Moze et Allan Holdsworth, guitariste virtuose reconnu. Alors que Shamal, fruit de cette formation transitoire, se tourne davantage vers le jazz-rock instrumental, les disques suivants Gazeuse et Expresso II confirment cette orientation de plus en plus prononcée. C’est également au fil de ces albums que Pierre Moerlen se découvre des talents de capitaine de bord.

C’est ainsi qu’en 1979 le groupe fait peau neuve et réunit autour de son maitre son petit frère Benoit Moerlen, les lieutenants Hansford Rowe et François Causse, et le dernier arrivé Ross Record. Pour son premier essai, Pierre Moerlen a également la bonne idée d’inviter des musiciens confirmés comme Mike Oldfield, Didier Lockwood, Steve Winwood ou encore Mick Taylor. Fort de ce casting étincelant, le groupe sort Downwind et propose encore une fois un répertoire fortement inspiré de ce qu’on appelle depuis peu fusion, celui-ci comprenant aussi quelques pièces plus légères.

Cet album recèle ainsi quelques pépites comme la pièce éponyme, longue suite de douze minutes enregistrée avec Mike Oldfield, révélateur d’un travail d’orfèvre à la hauteur de son talent. « Crosscurrents », « Emotions » et « Xtasea » sont agréables et  proches de l’esprit des précédents albums. A contrario, certains morceaux rock comme « Aéroplane », « What You Know » , sur lesquelles Pierre Moerlen pousse la chansonnette, ou encore la reprise risquée de « Jin-Go-Lo-Ba », ne convainquent que partiellement.

Le label indépendant anglais Esoteric Recordings rend donc un bel hommage à Pierre Moerlen (disparu trop tôt en 2005) en publiant à nouveau Downwind et Time Is the Key, afin de témoigner du Gong moins connu en cette fin des années soixante-dix, bien différent de la version avec Daevid Allen. Downwind souffle donc un vent nouveau porté par la maîtrise de Pierre Moerlen et restera l’album le plus abouti réalisé pendant son règne.