Sophia Domancich - Snakes and Ladders

24/01/2011

Par Fanny Layani

Label: Cristal Records

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Pianiste de jazz au toucher fin et précis, au sens mélodique doucement acéré, Sophia Domancich a également été complice de musiciens de la scène Canterbury, notamment des regrettés Pip Pyle, Elton Dean ou Hugh Hopper, dont l’ombre semble parfois planer sur ce disque. Snakes and Ladders rassemble quinze titres (dont le sombre « Goodnight » qui, d’un court thème introductif déploie les réminiscences tout au long de l’album, rappelant la présence bienveillante de ces fantômes tutélaires), en un propos qui s’en va rejoindre d’autres paysages musicaux, entre chansons intelligentes et nostalgiques au format pop, et poésie sombre et onirique.

Pour cette escapade surprenante, Sophia Domancich s’est entourée de talents auxquels l’unissent des liens familiaux ou amicaux. Mais elle a su, chose suffisamment rare pour être soulignée, les intégrer pleinement à son univers. Au service d’un ensemble cohérent, elle offre à chacun un réel espace d’expression, la possibilité de laisser libre cours à son propre style, souvent reconnaissable entre mille. Himiko Paganotti, Napoleon Maddox, John Greaves, Ramon Lopez et… Robert Wyatt – excusez du peu – viennent ainsi poser leurs voix, tantôt tendres et touchantes, tantôt vénéneuses et ensorcelées, sur des morceaux à l’écriture limpide et aux arrangements travaillés.

Rhodes et piano, claviers et effets électroniques, guitares à la rauque lumière et cymbales brumeuses sous-tendent des textes sombres et mystérieux, écrits par les différents chanteurs ou composés de poèmes de Jacqueline Cahen. Et si les musiciens sont discrets malgré leur qualité (Simon Goubert évidemment, mais aussi les guitaristes Louis Winsberg et Jef Morin, ainsi que Raphaël Marc à l’électronique et Jocelyn Moze, claviers et batterie), laissant aux voix la place d’honneur, ils leur tissent un cocon subtil et rassurant, sans doute la clé de la réussite de ce beau moment de musique.

Malgré sa richesse, Snakes and Ladders est d’un accès immédiat, car c’est à l’âme qu’il s’adresse. C’est un disque intimiste et d’une très grande sensibilité, dont la tristesse fugace confine le plus souvent à une douce et confortable nostalgie.