Perhaps Contraption - Sludge & Tripe

20/01/2011

Par Aleksandr Lézy

Label: autoproduction

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Qu’elle est loin l’époque où la musique s’émancipait à chaque coin de rue mélodique, à chaque faubourg harmonique ! Là où l’espérance de s’accomplir dans une démarche artistique pleine de vigueur, d’emphase, de résonances extra-sensorielles avec l’avènement des chromatismes et des dissonances palpitantes et audacieuses prononçait et déclinait en quadri-couleur les mots expérimentations et recherches.

Frank Zappa avait logiquement compris que son univers ne pouvait s’abolir de certaines conventions musicales populaires s’il ne souhaitait avoir ne serait-ce qu’une petite chance de percer la croute des lobbies radiophoniques américains. Où cela l’a-t-il mené ? La question comme la réponse se sont perdues dans les affres de la création et de son immense talent.

Cette introduction a pour simple but de remettre en perspective le travail de certains groupes qui persistent dans une voie musicale débarrassée de clichés, libérée de conventions improbables et résolument obsolètes et dépassées. En parallèle de la scène rock in opposition menée par des groupes comme Univers Zero ou Present et de jeunes venus comme Yugen, Sleepytime Gorilla Museum a énormément contribué à la renaissance d’un rock enclin à expérimenter et apporter du sang neuf à des riffs de guitares habituellement pauvres, et ainsi redonner souffle à des sonorités rugueuses produites par des instruments incongrus, parfois même issus du « made it yourself ».

Perhaps Contraption, groupe anglais de Londres mené par le loufoque Squier Squire, suit le chemin de l’exultation protéiforme, en apportant à son rock décalé une touche tantôt acoustique et mélodique, tantôt électrique et agressive d’avant-garde. Avec des structures collages, des passages déjantés, Sludge & Tripe se pose comme un album anti-folk, généreux en propositions et autres tentatives pour déboussoler l’auditeur. Le mystère et la folie qui accompagnent chacun des morceaux accentuent l’idée qu’il reste un espoir d’innovation.

En revanche, malgré un potentiel indéniable, Perhaps Contraption a du mal à canaliser son énergie et s’éparpille dans les bruitages et autres singeries pourtant allégrement ingénieuses. L’heure écoulée et dépassée finit par lasser non par la longueur mais par la fatigue engendrée par l’écoute de l’abominable saturation de cette empoisonnante guitare électrique. En son clair, c’est un régal, encore plus si on y ajoute la délicate sonorité de la flûte traversière et les quelques moments de claviers.

Sludge & Tripe sonne comme un premier essai encourageant et bigrement prometteur. Les moyens n’ont peut-être pas été suffisants pour la confection de ce pourtant bel objet. L’ombre du géant Zappa plane au-dessus du « peut-être bidule »  Perhaps Contraption, comme l’oiseau au-dessus de son nid. C’est pourtant avec leur propre matière que les Britanniques posent les premières pierres d’un édifice en construction, avec un prochain album à sortir sous peu, déjà intitulé Business. Affaire à suivre !