Laurent de Wilde / Otisto 23 - Fly

18/01/2011

Par Mathieu Carré

Label: DTC Records / DFragment Music / Gazebo

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Laurent de Wilde ne tient pas en place. Sur le plan géographique (avec de nombreux allers-retours Paris / États-Unis depuis son enfance) comme professionnel, où musique et écriture se disputent son temps (ses avis distillés dans Jazzman / Jazzmagazine sont de purs moments de culture intelligente et accessible), le pianiste ressent le besoin permanent d’évoluer. Rien d’étonnant donc dans le fait que celui qui déclarait dans nos colonnes à l’occasion de la sortie de PC Pieces que « l’idée d’exploration n’allait pas contre celle de permanence » ait pour ce dernier disque, toujours en collaboration avec Otisto 23, poussé ses déambulations électroniques encore plus loin.

Car sur  Fly, le piano a littéralement été avalé et digéré par l’électronique d’Otisto 23, avec ce désir palpable de Laurent de Wilde de se fondre en cette dernière. Quand PC Pieces laissait apparaitre les coutures du costume sur mesure que les deux hommes tissaient pour mettre en valeur l’instrument, la démarche semble aujourd’hui différente, nette, décidée et verse résolument dans les musiques « actuelles ».

Ainsi s’il reste des lignes mélodiques, des ornements et quelques percussions caractéristiques joués au piano , ceux-ci se retrouvent régulièrement coffrés dans un carcan rigide, prisonniers de pulsations régulières et massives, à l’instar du bien nommé « Jazz Me, I’m Infamous ». Cette approche directe et binaire de la musique pourra désarçonner à la première écoute, mais Laurent de Wilde reste un immense musicien, et sait justement tirer le meilleur de ces ambiances froides et métalliques. Il parle avec d’autres mots, combat avec d’autres armes, mais son objectif reste inchangé.

Si grâce à cette remise en cause permanente le musicien continue toujours d’avancer et d’étonner, Laurent de Wilde garde toujours en lui un lyrisme fou et une maîtrise impeccable de son clavier.  Ainsi « Lost » , délicieuse romance perdue dans l’espace, rappelle que l’art invoque parfois des forces supérieures dans l’imaginaire de celui qui s’y frotte. En écoutant cette mélodie intemporelle noyée dans les effets électroniques et venteux, on touche un peu à cette étrange sensation qui nous étreint quand on découvre l’antique instrument échoué sur la plage pendant le film La leçon de Piano de Jane Campion, ou que l’on se surprend à penser que Glenn Gould parcourt l’univers avec la sonde Voyager… La musique face à l’infini, sublime.