Karnivool - Sound Awake

17/12/2010

Par Aleksandr Lézy

Label: Sony Music

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Il faut du courage et de l’abnégation pour s’adonner au dur métier de musicien. Jouer, créer, écrire, répéter, évoluer, faire écouter : autant de verbes constituant le champ lexical d’un groupe lambda en quête de l’œuvre absolue, résultat d’un labeur constructif pour l’individu, le musicien, puis en termes de reconnaissance ; car si l’entreprise est d’abord personnelle, celle-ci doit être partagée pour être adorée, appréciée, détestée, conspuée ou tout simplement ignorée.

Sur cette grande île où l’eau tourne dans le sens inverse des aiguilles d’une montre, cette immense étendue de terre entourée de mer nommée Australie, quelques formations se démarquent, avec un potentiel indéniable apte à rivaliser avec certaines grosses productions américaines. Avec un nom prêtant plus à rire qu’autre chose, Karnivool sort la tête du fin fond de l’océan après douze longues années d’existence, de nombreux EP et finalement un second album, après quatre années d’absence. Et quel album !

Il leur en aura fallu, de la patience, pour accoucher de Sound Awake en 2009. Après Themata, le quintette laisse de côté son neo metal « groovy » aux relents de Tool, et vient prêcher la bonne parole. Karnivool aurait-il trouvé la formule magique ? De lourdes rythmiques (grâce à une basse prenante, parfois saturée) alliées à des mélodies de guitares tantôt incisives tantôt aériennes, sans noyer l’auditeur dans un flot de notes inconsidéré : une solution efficace, que les Allemands de Sieges Even avaient utilisée sur Art of Navigating by the Stars (2005). Les similitudes vont d’ailleurs jusqu’au chant, car les envolées d’Arno Menses s’insinuent dans la voix de Ian Kenny.

La difficulté est  masquée, Karnivool ne montre que l’essentiel, sans divulguer la complexité des structures et des mises en place. La longueur de l’album rappelle celle d’un certain Awake (1995) de Dream Theater, tout comme le champ lexical des textes. Les influences se situent entre la pop musclée de leurs compatriotes de Silverchair et la folie de The Mars Volta, avec un son metal imposant et une production gonflée à bloc.

Taillés dans le rock, les morceaux de Sound Awake défrisent, pour faire de l’émotion un mot d’ordre. Il est aisé de comprendre pourquoi les Australiens ont pris leur temps, pour fignoler chaque seconde de musique afin d’offrir un album quasi parfait de bout en bout. Ni clichés ni notes de mauvais goûts ne viennent dévoyer ce metal progressif moderne, tendre, fin et noble.