Bryan Ferry - Olympia

16/12/2010

Par Jérôme Walczak

Label: Virgin

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L’artiste britannique appartient à la catégorie des musiciens qui ont toujours quelque peu gravité autour de la scène progressive sans jamais oser franchement y pénétrer. Avec l’album Avalon, tout comme son premier groupe Roxy Music, Bryan Ferry a ainsi prouvé qu’il n’était pas rétif aux sonorités éclectiques. C’est d’ailleurs et surtout en 1994 avec Mamouna, disque majeur et épique que le dandy conservateur démontre toute l’étendue de son talent.

Grâce à son producteur, Brian Eno, Mamouna a su alterner diverses ambiances à la fois mystiques et pop, en ayant recours à des recettes propres au monde progressif : bruitages, refrains récurrents, ambiances développées sur plusieurs minutes (« Mamouna », le titre éponyme, hypnotique, est un véritable évolution progressive, comme pourrait l’être un Ziggy Stardust par exemple). Bryan Ferry est alors parvenu à s’égarer avec brio dans des sonorités oniriques enveloppées d’une voix suave, qui n’est pas sans parenté avec celle de Mark Hollis. Ce disque n’est rien de moins qu’un des pinacles du rock des années quatre-vingt-dix.

Avec Olympia, le sexagénaire a su s’entourer à nouveau d’une belle brochette de partenaires : Brian Eno, Dave Stewart d’Eurythmics, Phil Manzanera et Andy Mackay (ex-Roxy Music), ainsi que Jonny Greenwood de Radiohead, mais cela ne suffit pas à faire décoller ce nouvel album, malgré les qualités de composition évidentes dont Bryan Ferry est capable, à l’instar de « Song to the Siren » et ses mélodies rarement faciles d’accès, parfois pesantes et très réussies.

Ce n’est donc pas le lourdingue « You Can Dance », titre introductif, empâté, lancinant et monotone, qui n’évolue pas sur plus de trois minutes, ou « Reason Or Rhyme », bluette mièvre où la voix n’est qu’un instrument parmi d’autres, qui relèvent le niveau de l’ensemble. Amère déception, Bryan Ferry vit le drame de nombreux artistes des années dix : à trop s’entourer d’individualités fortes et douées, à trop privilégier la production, il en oublie son propre talent.

Olympia est un album raté au regard de la capacité artistique de ce grand monsieur, qui manque malheureusement d’épure dans la sophistication. Mais cela ne doit en aucun cas occulter le fait que Bryan Ferry reste un immense artiste et l’une des dernières rock stars, qui a franchi depuis longtemps les portes de l’Olympe. Pour la peine, il sera toujours possible de se rappeler les grandes heures de sa carrière avec Mamouna.