Jean-Louis - Morse

08/12/2010

Par Fanny Layani

Label: autoproduction

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Le plus punk des groupes de jazz ! Deuxième album de ce jeune power trio à la cohésion sans failles, acquise à l’épreuve de scènes inlassablement arpentées, Morse sent la sueur, la bière et le joint froid. Terriblement organique, la musique de Jean-Louis recèle une énergie jouissive, par moments presque orgiaque (l’imparable rythmique de « Sapiens »). Leur MySpace est classé dans les catégories « chanson populaire mélodramatique », « christian rap » et « enfants » et si le nom du groupe pouvait encore laisser planer le doute, cette fois, c’en est fini, le principe est posé : on pénètre un univers de grands malades (« Junky Clown »).

La trompette, saturée d’effets, crisse telle une scie circulaire dans les locaux techniques du métro, un chalumeau qui chauffe parmi les remugles humides d’un canal en pleine zone industrielle. La batterie est d’une grande sécheresse, d’une violence subtile et insidieuse. Les rythmiques syncopées et épileptiques, soigneusement démantelées, ne trouvent jamais le repos et sont par moments aussi migraineuses que celles de Meshuggah (« Doom » ou le bien nommé « 5 tournant »). La contrebasse claque comme la main froide d’un père tyrannique sur la joue morveuse d’un môme en révolte.

La distorsion des sons est telle qu’il faut les avoir vus en concert ou profiter des quelques moments d’accalmie (l’introduction de « Tartaglia ») pour parvenir à croire que ce son au cyanure émane principalement d’une trompette toute bête, d’une contrebasse on ne peut plus banale et de quelques fûts de bois et de metal savamment maltraités. Morse donne naissance à un univers extrêmement personnel, inimitable, entre la déjante effervescente du Joker version Heath Ledger et un grand jet de vitriol sur un trop beau visage. Jean-Louis assène puissamment son identité et la balance à la face du monde entier. Des punks, décidément.