familha Artús - DRAC

03/12/2010

Par Fanny Layani

Label: Folklore de la zone mondiale

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En gascon, Drac signifie dragon. Comme la créature sauvage et rebelle à toute tentative de dressage, la familha Artús a accouché d’un troisième disque qui tape haut et fort, inventif et rétif à la fois. Pas de titres aussi accrocheurs que sur son prédécesseur Òrb – « Pater Deu Lop » a squatté les méninges de plus d’un auditeur –, qui se révélait bien plus facile d’accès : DRAC ne négocie rien. 

Le parti pris artistique est clair : celui d’une musique compacte, plombée, aux tempi souvent particulièrement lents, titillant woofers et subwoofers, obligeant à une écoute attentive et exigeante. Le son, ultra compressé, joue sur l’inertie de l’ensemble, mais fait partie de cette série de choix radicaux et cohérents. 

En bon militant, familha Artús ne regarde pas en arrière et ne cesse de s’adresser à demain. DRAC apporte ainsi son lot d’innovations et d’expérimentations. L’utilisation des voix est pertinente, qu’elles soient chantées dans un registre traditionnel (« Jo Vos I Vòi Díser Ua Cançon »), torturées (« A La Borda I A Nau Pans »), prenant la forme d’un chœur (« Dehens La Vila De Bordèu ») ou parlées (« La Gala », dont un passage rappelle étrangement certaines errances « zeuhlesques »).

L’usage de l’electro se fait toujours à propos, confère dynamique et rebond à la rythmique, sans jamais écraser l’ensemble, et cultive les ambiances (« Momein »). Seule la production, en raison de l’instrumentation si spécifique de la formation – cauchemar vraisemblable de tout ingénieur du son –, pêche parfois, par des moyens sans doute limités.

La musique de la familha Artús est un roc, un granite inébranlable, inaltérable. Le commun des mortels, hors Gascogne (et encore), n’y comprend goutte ou presque, mais qu’importe, l’épaisseur et la richesse du son proposé valent déjà par elles-mêmes. Un disque râpeux, radical, sans la moindre concession et qui force le respect.