Circle - Rautatie

01/12/2010

Par Christophe Manhès

Label: Ektro Records

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Voilà le genre de groupe que l’on attend jamais nulle part, car il est tout bonnement impossible de savoir à l’avance à quel carrefour ces diables de Finlandais ont décidé de poser leurs amplis. Circle, c’est un peu la théorie quantique appliquée au rock, une association d’électrons libres guidée par le seul plaisir de sonder méthodiquement les entrailles béantes de la musique.

Krautrock, psyché, avant-rock, progressif, hard : chez eux, le don d’ubiquité est une seconde nature. La seule constante qui se dégage de leur abondante discographie – pas moins de vingt-deux albums studio depuis 1994, ainsi qu’une dizaine de live ! –, c’est leur goût pour les titres hallucinogènes et, de façon plus large, pour un rock progressif contemporain qui ne se modélise jamais.

Après le médiocre Hollywood publié en 2008, voilà que Rautatie démontre à nouveau, et avec un savoir-faire confondant d’efficacité, que la musique des Scandinaves, quand elle s’écoule d’un bon tonneau, se vit plus qu’elle ne s’explique et que face au talent, les mots restent désespérément bornés. Animé par une force créatrice au-dessus de la moyenne, cet album est une chapelle, une nef comico-tragique émaillée par autant d’étrangetés iconoclastes (« Lautatarha ») que d’ironiques grandiloquences (les pièces faussement kitsch « Rautatie », « Kaasukello » et « Kohtalon Sormi »).

Circle élève sa matière vers des sommets rarement atteints dans ses dernières œuvres (« Lääke », « Pelkkä Meno »). Ce nouvel album a le culot de s’affranchir des conventions de genres en supplantant les archétypes les plus achevés, comme sur l’incroyable hard rock de « Tähet », quand il ne fait pas pleurer les pierres avec le chamanique « Lääke ». Voilà une volupté propre à la musique des sphères, comme un long fluide tranquille. Simple et lumineuse, cette mélopée est un véritable tour de force.