Pilöt - Mother

11/11/2010

Par Aleksandr Lézy

Label: Iris Music

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C’est bien parce que le fil conducteur de cette chronique s’inscrit dans la lignée de l’atypique que Pilöt peut se permettre de faire crisser ses pneus sur cette douce page blanche virtuelle. Dans quelle proportion ? Sous combien de chevaux ? Un premier album au compteur annonce en général une surprise ou une déconvenue. Mother propose un mélange des deux : une question d’équilibre entre le ying et le yang, un bon dosage de carburant, une épreuve charnière qui pourrait s’avérer décisive dans la carrière de ces Français.

Musicalement varié, entre pop chic et punk intello, Pilöt réussit à nourrir son moteur d’originalité relative – quasiment chaque titre se rapproche d’un autre déjà entendu chez un artiste voisin – et de diversité somme toute homogène.  Le résultat se perd alors de facto dans une timidité facilement palpable, imputable d’une part à la production plate ou sans relief, ceci expliquant cela, et d’autre part sous la personnalité volubile de la chanteuse.

Mademoiselle de Selve prolonge l’effet expérimental de Sonic Youth, dans sa nonchalance à chanter et prononcer l’anglais, tout en minaudant telle Gwen Stefani de feu No Doubt dans son abominable rôle de petite fille mutine. Le choix d’une chanteuse sur scène a bien des avantages mais tout de même… Pilöt n’est pour le moment qu’un conducteur de van, à défaut d’un bus.

À ne pas assez mettre en avant ses atouts, pourtant nombreux par la force de caractère des idées musicales, au détriment de ses faiblesses, ce véhicule atypique perd la vitesse de croisière prise avec des titres aventureux comme « Mante religieuse » ou « Mam ! », se précipite contre le mur pour finalement se déliter, et ne laisser au dessus de la tête du Pilöt que l’épais tissu alpaga de sa capote.