Joseph Tawadros - The Hour of Separation

04/11/2010

Par Fanny Layani

Label: Enja

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Ce musicien australien propose avec The Hour of Separation son septième album, un disque qui dément toutes les suppositions, loin du rock de quarantenaire balisé et assagi par l’expérience auquel on pourrait s’attendre à ce stade d’expérience. La preuve, Joseph Tawadros est un jeune homme de vingt-sept ans, né au Caire en Égypte, et qui joue… du oud !

Cet instrument ancestral du Moyen-Orient, popularisé en France dans sa version moderne par le Tunisien Anouar Brahem ou les frères palestiniens du Trio Joubran, s’adapte à merveille à toutes les fusions musicales, qu’elles soient jazz (Avishai Cohen et son compère Amos Hoffman) ou rock (Khaled Al Jaramani aux côtés de Serge Teyssot-Gay, guitariste de Noir Désir).

Le métissage entre instruments traditionnels et courants musicaux occidentaux s’expose pourtant toujours au risque d’une world music douceâtre, fond sonore pour fin d’après-midi dans le salon d’un hôtel cher et branché. Or Joseph Tawadros y échappe d’assez belle manière. Accompagné de son jeune frère James aux percussions (req et bendir) et d’acolytes de grand luxe que sont John Abercrombie, John Patitucci et Jack DeJohnette (excusez du peu), il a enregistré, le temps d’un raid éclair de deux jours à New York, près de quatre-vingts minutes d’une musique dense, intelligente, où les temps morts sont rares.

La combinaison des genres se fait habilement, la contrebasse jouant souvent le passeur entre éléments typés traditionnel et patterns jazz, un peu à la manière de ce que propose Greg Cohen aux côtés de John Zorn dans Masada. C’est d’ailleurs l’occasion de démonstrations de virtuosité impressionnantes, lorsque John Patitucci double à la perfection les lignes virevoltantes du oud ou lorsqu’il s’envole pour un magistral duel avec les percussions incisives et volubiles de James Tawadros (« Conversation in Time »). Présent sur quatre titres uniquement , Jack DeJohnette mêle également à l’ensemble ses parties avec beaucoup de finesse. 

Plongé dans une ambiance cotonneuse (« Fly Away », « Goodbye SBK »), The Hour of Separation doit beaucoup à la combinaison sensuelle de la chaleur du oud avec la rondeur de la guitare de John Abercrombie. Il s’autorise même des escapades du côté d’une certaine mélancolie (« Black Forest Sky », « Heal » ou le bien nommé « Nostalgia in D »), en parvenant à ne jamais s’embourber dans la tristesse : l’énergie des percussions et les harmonies gorgées de soleil viennent chasser toute tentation de nostalgie.

Le titre d’ouverture « Phoenix », «  Gare de l’Est » ou « Forbidden Fruit », sans doute parmi les compositions les plus « orientalisantes », sont d’incontournables réussites et propulsent cet album comme le premier sommet d’une jeune carrière déjà bien remplie et florissante.