Iron Maiden - The Final Frontier

20/10/2010

Par Aleksandr Lézy

Label: EMI

Site:

La Vierge de Fer propulse autour de la planète son quinzième album. S’agira-t-il cette fois d’un missile spatial, d’une petite bombe ou encore d’un pétard mouillé qui viendra s’ajouter aux quatre-vingt-cinq millions d’albums largement déjà vendus au cours de trente années de carrière, fêtées avec la sortie de ce The Final Frontier, produit par le sémillant Kevin « The Caveman » Shirley, l’Ayatollah des faux espoirs.

Steve Harris et toute sa clique livrent avec professionnalisme leur fournée syndicale : une dizaine de morceaux plus ou moins longs. Ouvrant de belle manière avec « Satellite 15 », les Anglais peinent à offrir un refrain convenable. « El Dorado » trace sa route en guise de train fantôme en insufflant son lot de bruitages et autres effets spéciaux dignes de films d’horreur, en accord avec une pochette lorgnant sur la bête monstrueuse du film Alien ; le fil conducteur est respecté.

S’ensuivent deux sympathiques ballades, « Mother of Mercy », qui auraient pu figurer sur Brave New World (2000) et « Coming Home » qui incite plutôt à rentrer chez soi. Et c’est d’ailleurs bien ce que l’on aimerait leur dire à l’écoute de « When the Wild Wind Blows », pâle copie de « Dance of Death » sur l’album du même nom (2005), la puissance en moins. Force est de le constater : Iron Maiden ne veut plus ou ne sait plus concocter des tubes tels qu’ils l’ont fait à maintes reprises.

La période fastueuse de Somewhere in Time (1986) n’est décidément plus qu’un lointain souvenir, des années-lumière séparant l’auditeur actuel de cette galaxie metal qu’ils ont eux-mêmes installée, avec leurs introductions futuristes, leurs arpèges scintillants et leurs soli somptueux, au beau milieu de la confrérie NWOBHM.

Heureusement, « The Alchemist » réveille et donne de la vitesse grâce à une basse galopante et une batterie omniprésente. Cependant, Iron Maiden plagie encore ses propres morceaux que sont « Flash of the Blade » et « The Duellists » (Powerslave, 1984) ; le solo rappelle ceux de « Be Quick or Be Dead » voire « Man on the Edge ». Constat identique avec « Starblind », titre satisfaisant mais dont le refrain est proche dans les intonations de celui d’« Infinite Dreams » sur Seventh Son of a Seventh Son (1988).

Le disque n’est finalement sauvé que par « Isle of Avalon » et sa douce introduction, ses élans orientaux, ses ambiances tapissées de guitare folk, puis sa montée en puissance, et l’excellent « The Talisman » rappelant Genesis autant que l’introduction de « Paschendale » sur A Matter of Life and Death (2006), parfaitement taillé pour la scène. Steve Harris n’a jamais caché son affection pour la formation reine du rock progressif, et c’est probablement cette influence qui donne l’impression d’un élan progressif déjà amorcé avec Seventh Son of a Seventh Son et rarement réitéré.

Cette minime évolution, si c’en est une, souffre de l’autoplagiat dont Iron Maiden use et abuse, encore et encore. Ce relâchement ne s’opère pas seulement sur le plan de la composition, mais également sur celui de l’interprétation. Pour preuve, Bruce Dickinson semble à bout de souffle, avec de nouvelles intonations de mauvais goût et des phrasés hachés, sans parler d’idées manquant de richesse mélodique.

La production au son net et naturel œuvre cependant pour la bonne écoute de The Final Frontier et c’est à mettre au crédit du si contesté producteur. Quant à Eddie, il n’est plus que le vague reflet de lui-même : une créature fantasque, plus décrépie que rafraîchie, se fondant dans une pochette insipide, replongeant néanmoins l’aficionado dans les caractères typographiques rougeâtres des débuts. À chaque sortie d’album, Iron Maiden joue sur l’effet d’annonce et mise sur une promotion gigantesque. Mais lorsque la créativité s’essouffle, la montagne accouche d’une souris…