Mogwai - Special Moves / Burning

03/09/2010

Par Jean-Daniel Kleisl

Label: Rock Action Records

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Si Mogwai ne s’est jamais laissé enfermer dans un format préétabli, variant ses approches au sein de ses albums ou ses projets annexes, à l’instar de la bande originale du film Zidane, ses deux dernières publications, Mr. Beast (2006) et The Hawk Is Howling (2008), ont marqué un retour aux sources dans l’inspiration.

Les Écossais, auteurs d’une carrière remarquable, allaient-ils s’enfermer dans une stagnation dans laquelle de nombreux groupes de post-rock s’embourbent ? C’est oublier que l’essence même de cette formation reste la scène. C’est omettre également qu’en digne héritier des Bloody Valentines, Mogwai érige des murs de son tout en développant des mélodies d’une extrême finesse. Special Moves et son pendant filmique Burning viennent à point nommé pour rappeler ces évidences.

Enregistré l’an passé au cours de trois soirées au Music Hall de Williamsburg à Brooklyn, ce premier album en concert – si l’on ne prend pas en compte les Government Commissions (2003) issues de sessions pour la BBC – puise avec bonheur dans toute la discographie des natifs de Glasgow. Dès « I’m Jim Morrison, I’m Dead » et ses notes de piano éthérées sous un déluge de guitares, on sait que l’on a affaire à un grand concert. « Hunted by a Freak » et ses vocaux traités au vocoder enfonce le clou.

Bien évidemment, c’est avec ses pièces maîtresses provenant de Young Team (1997) que Mogwai incarne le mieux son mythe. « Mogwai Fear Satan » et « Like Herod » sont LES morceaux post-rock par excellence, longues montées en puissance qui explosent en magma incandescent sous les coups de boutoir des trois guitaristes, puis redescendent à la limite du silence pour prendre finalement l’auditeur par surprise avec l’électrochoc final bruitiste. Ce que Mogwai fait le mieux atteint ici son paroxysme avec « Glasgow Megasnake ».

Burning a été filmé par Vincent Moon et Nathanaël Le Scouarnec au cours des trois mêmes soirées. Le film est l’exacte antithèse de Heima de Sigur Rós. Si ce dernier représente, avec ses couleurs vives, l’idéal écolo et campagnard islandais, Burning, de par son traitement en noir et blanc, baigne dans l’écrasante atmosphère urbaine de New York. La pluie ajoute encore à l’ambiance glauque développée par la musique de Mogwai. Les prises de vues sont d’une très grande originalité, à l’instar de « Like Herod », dont seule l’explosion est montrée, ressentie depuis les rangs des spectateurs.

Le film est aussi ce témoignage brûlant du point de vue du public lors d’un concert de Mogwai, loin d’être exubérant sur scène. Les gros plans d’un manche de guitare succèdent aux ombres floues des membres du groupe prenant le métro. Les auteurs jouent abondamment sur ce genre d’effet et s’éloignent ainsi des poncifs du DVD enregistré en live. Des quatre morceaux qui ne sont pas sur le CD, on retiendra surtout « Batcat » avec l’un des plus mémorables riffs metal de ces dernières années, qui clôture de la plus belle des manières une réalisation certainement appelée à faire date.

Depuis des années, les amateurs du groupe écossais ont longtemps patienté à l’idée d’une telle publication. Non seulement il comble un manque certain, mais surtout il démontre que Mogwai reste l’un des ensembles les plus influents du rock alternatif actuel. Grand disque, point barre !