Victor Peraino's Kingdom Come - No Man's Land

06/08/2010

Par Florent Simon

Label: Black Widow

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Victor Peraino est un américain ayant intégré le Arthur Brown’s Kingdom Come au début des années soixante-dix en Angleterre, groupe qu’il quitte après le sublime Journey pour retourner aux États-Unis et y sortir son unique album en 1975, No Man’s Land. Aujourd’hui réédité, cet album a été réalisé à une période où le rock progressif était déjà en train de mourir à petit feu, et reste une curiosité inspirée du hard-rock progressif, emmené par un rock vitaminé avec une dominante de claviers et notamment de mellotron, utilisé ici de manière équilibrée et riche.

Pas de morceau culte, ni de tube, d’autant que la production brouillon, les débuts ou fins de chansons parfois abrupts, et l’esprit musical qui y règne, légèrement dépassé pour l’époque, peuvent rebuter à la première écoute. Or le son très américain à la Kansas associé à certaines prises de risques et un savant dosage des ingrédients progressifs en font un album très correct, qui recèle son lot de bons moments.

À noter certains travers, par exemple que le bassiste s’est contenté de n’écouter que le travail de Chris Squire avant de s’enfermer en studio, ou que le chant de Victor Peraino n’est véritablement pas exceptionnel, surtout quand il singe Ian Gillian. Heureusement, de bons morceaux ajoutent plus d’intérêt et de puissance au disque. D’abord « Empires of Steel », morceau épique agrémenté de passages intenses avec une flûte frénétique, ou encore ce « Lady of the Morning », puis les curiosités que sont « Garden of Death », titre proto-électronique à l’ambiance décalée qui hésite entre Hawkwind et Can, ou bien encore la chinoiserie partiellement réussie « Tru » et la redite de folk-prog « At Last a Crew ».

Inégal et loin d’être parfait, No Man’s Land est ainsi relégué dans la catégorie des seconds couteaux du prog, bien qu’il recèle de passages enthousiasmants. L’envie de faire autre chose et d’imposer une touche futuriste y est forte et l’effort musical est louable au regard d’autres « one shot » de même envergure. Il faut donc percer la couche brouillonne afin de déceler les détails plus fins pour que cet album se révèle intéressant pour le progressiste confirmé qui souhaite parfaire ses connaissances. Devenu culte depuis que l’édition vinyle est épuisée et donc introuvable, il ne lui manquait pas grand-chose pour entrer dans la cour des grands. Cette réédition CD et la postérité le replacent désormais à sa juste valeur.