Knut - Wonder

05/07/2010

Par Jean-Daniel Kleisl

Label: Hydra Head Records

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Le petit ourson de Genève revient après plus de cinq ans d’absence discographique. Petit ? Ourson ? Rien de tout ça, on a ici affaire à une division de Panzers qui écrase tout sur son passage. En guise de piqûre de rappel, Knut est depuis plus de dix ans le seul ensemble helvète de la mouvance néo-hardcore à être signé chez un label américain. Tous les groupes influents, de Converge à Coalesce en passant par feu Botch, le citent en exemple. Il faut peut-être préciser que depuis plus d’une quinzaine d’années, Calvin se retourne dans sa tombe sous les coups de boutoir atonaux et asymétriques de la bande du génial batteur Roderic Mounir. Challenger (2002) lutte en bonne place dans la catégorie « Album le plus violent de l’histoire du rock », aux côtés du Jane Doe (2001) de Converge, justement.

L’année 2005 avait vu la sortie de Terraformer, la publication la plus originale des Suisses, la plus expérimentale aussi. Essentiellement instrumental, à la fois moins puissant mais aux ambiances plus lourdes, le disque en avait étonné plus d’un par son côté « technoïde » et « progressif ». Qu’en est-il avec Wonder qui, disons-le tout de go, mérite admirablement son nom ? Knut revient à un propos plus brut (disons moins technologique) sans pour autant abandonner l’approche variée et subtile (sic) de son prédécesseur. 

Le chant – ou plutôt les cavalcades gutturales – de Didier retrouve une place plus importante, la puissance de feu est mise au service d’une technique irréprochable (« Leet », « Damned Extroverts »). Le metalcore dissonant et déstructuré, ou plutôt « sur-structuré » de cette première partie, la mise en place étant encore plus précise qu’une montre Breguet (R.I.P. M. Hayek), fait indéniablement mouche.

La seconde moitié du disque, plus proche du post-hardcore, grâce à ses variations incessantes (les accélérations insensées de « Fast Forward Bastard ») et des interludes appropriés (les deux « Segue ») permettent aux Genevois de développer les ambiances dans lesquelles ils excellent. Le magnifique instrumental « Ultralight Backpacking » ou le final très réussi « Wonder/Daily Grind » se rapprochent d’un Isis qui n’aurait pas perdu la foi. 

Disque somme, Wonder est en quelque sorte la représentation d’une carrière fameuse et aboutie. Alliant la violence d’un Converge sans ses aspects répétitifs et l’ambiance automnale d’un Isis sans être aussi assomant, Knut réussit là où The Dillinger Escape Plan s’est, semble-t-il, cassé les dents : la continuité dans la diversité. Merveilleux !