Periphery - Periphery

28/06/2010

Par Nicolas Soulat

Label: Roadrunner Records

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Après avoir constaté depuis quelques temps un renouveau du metal progressif, impossible de ne pas présenter un groupe qui affine tout un héritage dès son premier album. Même s’il est probablement trop tôt pour parler de nouveau genre au sens journalistique du terme, il faut savoir  que cette façon de penser la musique possède déjà sa propre étiquette : le « Djent » (onomatopée choisie par quelques fins analystes pour décrire des saccades de distorsion propres).

Pour faire bref, le propos est une déclinaison des travaux de Sikth et Meshuggah enrichie de toutes les avancées modernes accumulées au sein du death comme du rock depuis dix ans (Textures, Devin Townsend, Foo Fighters, Björk, Radiohead, etc.). Rien de très neuf diraient certains, mais n’est-ce pas sur des détails ou des redites que les styles prennent leurs racines ? Tout est question de personnalité et il faut bien reconnaître que Periphery en possède une déjà bien affirmée, qui s’articule très simplement autour du respect de la musique. Formule certes un peu pompeuse mais il serait vain de trouver une production aussi soignée sur toute la scène metal actuelle.

Puissance et clarté sont d’un parfait antagonisme et servent avec zèle une agressivité presque anachronique quand on connaît l’âge de ces jeunes troubadours des temps modernes, « mais il faut avoir vécu pour vomir une telle haine mon pauv’monsieur ! ». Aux manettes de cette franche réussite se trouve un jeune homme créatif et visiblement intelligent, puisqu’il est à l’origine de toutes les compositions et de la réalisation. Misha « The Electric Light Bulb » Mansoor propose une vision refondue du math-core en apportant des accroches rythmiques nouvelles, des riffs interminables et imprévisibles qui sauront capter l’attention du plus distrait des hippies.

La mélodie, qui n’est absolument pas en reste, vient emprunter des saveurs au jazz, au trip-hop et au rock (presque teenage par moment), mais en proposant des attaques décousues et recherchées qui évitent soigneusement toute forme de mauvais goût. Les quelques ambiances synthétiques d’une rare pertinence s’accordent à merveille avec toutes ces trouvailles et semblent à la longue se prolonger dans des titres qui en sont pourtant dépourvues, ce qui en dit long sur l’alchimie du disque.

Autre critère de haute qualité, Misha Mansoor a su constituer une formation opérationnelle assise sur une section basse batterie aux aguets, et surtout trois guitaristes pour renforcer sur scène une présence visuelle très convaincante et prolonger le coté « Djent » des saccades. Mention spéciale au chant qui, même s’il oscille principalement entre deux couleurs vocales, impose avec une maîtrise insolente de superbes lignes mélodiques, portées par un grain très séduisant rappelant Matt Bradley (Dali’s Dilemma, Explorers Club), ce qui n’était pas gagné, notamment sur des parties qui auraient pourtant tendance à tarir toute forme d’inspiration.

Pas de polémique donc, Periphery fait du Periphery. Sans faire de provocation, les Américains ont pris les ustensiles de circonstance pour suggérer une refonte du metal, tout en ayant digéré avec réussite de nombreuses influences très récentes, ce qui constitue en soi une véritable nouveauté.