Lorn - Nothing Else

18/06/2010

Par Fanny Layani

Label: Brainfeeder

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Interrogation écrite : « Sur ce fond de carte représentant le territoire des États-Unis, placez l’Illinois ». Alors ? Personne ne sait où c’est ? Et Springfield, ça vous dit quelque chose ? Guère plus ? Normal ! De fait, l’Illinois est un état du nord du Middle West, trou paumé s’il en est, dont Chicago constitue une étrange et improbable excroissance, seule trace d’une activité quelconque dans ces contrées peu accueillantes. Et pourtant, après avoir donné à l’Amérique un sénateur devenu président (Barack Obama, chacun l’aura compris), l’Illinois envoie un autre de ses représentants de par le vaste monde.

Pas de sourire enjôleur et carnassier à la fois, pas d’ambition politique débordante, pas de « Yes We Can », mais un simple jeune homme de vingt-trois ans, muni de ce second album glacial et attachant à la fois, publié par Brainfeeder, célèbre label electro de Los Angeles. Peuplant son univers musical d’inspirations Hip-Hop (« None an Island ») et dubstep, Lorn propose un disque très actuel, susceptible de dépasser le simple effet de mode. Des titres comme « Void 2 » et plus encore « Glass and Silver » superposent des vagues mélodiques obsédantes à des boucles très électroniques et linéaires, faites de sonorités froides et jouant sur des effets de répétition obsédants.

Tout au long de ces douze titres, les cassures rythmiques sont rares, et l’auditeur parcourt un long tunnel sans aucun espoir d’en réchapper. Cet aspect volontairement claustrophobe est accentué par le choix de sons très compressés, pour distordre de rares éléments mélodiques hypnotiques (« Greatest Silence »). Nothing Else suinte la dépression, la misère et la post-industrialisation. Les mélodies nostalgiques ne dépassent que rarement cinq notes, comme s’il fallait tout économiser, jusqu’aux plus simples moyens de l’expression musicale. Tout est toujours vaguement distancié, lointain, donnant  l’impression que la tristesse débordant de ces morceaux n’avait déjà plus vraiment d’importance.

Quelques titres moins sombres viennent cependant alléger l’ensemble (« Cherry Moon », « What’s the Use »), pour déposer l’auditeur sur des rivages plus sereins avant de repartir vers des cieux ténébreux qui n’appartiennent qu’à un « Poor Lornsome Cowboy ». Les morceaux n’atteignent jamais les quatre minutes, mais la concentration du propos ne nuit pas. Bien au contraire : on ne prendra jamais le jeune compositeur en flagrant délit de délayage.

Le maître-mot de ce Nothing Else se trouverait sans doute quelque part entre les entrées « efficacité » et « concision », dans le dictionnaire de la sobriété musicale. Ainsi, cette deuxième offrande pourrait-elle bien être un moyen, pour les fans de post-rock notamment, de glisser un pied dans l’univers electro, qui paraît parfois bien hermétique…