Invincible Czars - Fortissimo

04/06/2010

Par Aleksandr Lézy

Label: autoproduction

Site: http://invincibleczars.com/

Déjà huit fructueuses années d’existence pour ce groupe texan aux allures de soldats patriotes d’un autre âge. Connus pour leurs excentricités musicales ainsi que leur amour et leur dévotion pour Igor Stravinsky, ces tsars invincibles, comme ils aiment à s’appeler, ont sorti l’an dernier ce troisième disque intitulé Fortissimo, en hommage à la musique classique.

Un an après l’inimitable The Nutcracker Suite, ces amis d’Opposite Day et The Better Death dépeignent des scènes épiques rythmées par de nombreux rebondissements. Et malgré les incessants changements de direction musicale, grâce à l’apport des violons, cuivres et autres vents, l’univers de The Invincible Czars n’appartient qu’à eux, et respire l’homogénéité bien plus que par le passé.

A rapprocher des fresques d’un Secret Chiefs 3 par certains aspects identitaires, les enfants terribles du Texas s’amusent de tous leurs délires instrumentaux. Lorsque le chant entre en scène, c’est le côté punk qui jaillit, adouci par une production généreuse, à la limite du vaguement professionnel. « The Curse of Foxes, Birds and Rabbits » ou « Erlkoning » s’affirment comme des pièces de très bon goût, virevoltantes, dynamiques et symptomatiques d’une bonne humeur contagieuse. Les rythmes cavalent, décoiffent avec énergie et sérénité, quand les ambiances font appel aux grands groupes du rock progressif des seventies, voire du Canterbury.

Les références sont légion et quelques passages annoncent un attachement à la musique de Frank Zappa, mais aussi celle des Beatles ou de Sleepytime Gorilla Museum. Le célèbre Une nuit sur le mont Chauve (1867) de Modest Moussorgsky, plus tard arrangé par Nikolaï Rimsky-Korsakov, se voit à nouveau repris, dans un écrin des plus rock et révérencieux, tandis que « Mursketine », figurant sur Gods of Convenience (2005), gagne une bien meilleure suite.

The Invincible Czars fait indéniablement preuve d’originalité et d’une sacrée solidité musicale. Pourtant, ne nous attachons-nous pas plus aux morceaux déjà gravés dans le patrimoine de la musique classique qu’à leurs propres morceaux, qui représentent tout de même un sacré tour de force ? La question restera en suspens jusqu’à un éventuel prochain album, le temps de digérer cette œuvre méritante et certainement appelée à prendre de la valeur sur le long terme, à l’instar d’un Mr. Bungle par exemple.