Cabezas de Cera - Hecho en México

27/05/2010

Par Fanny Layani

Label: El Ángelito Editor/CDC

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Depuis quinze ans, Cabezas de Cera écume les scènes du Mexique, son pays d’origine, et prend progressivement pied sur le Vieux Continent, à coups de prestations remarquées dans divers festivals progressifs (Crescendo en 2006 notamment). Relativement discret dans le monde du disque (trois albums plus un essai expérimental joué sur des instruments inventés par le batteur Francisco Sotelo, professeur d’artisanat à l’Institut National de Mexico), Cabezas de Cera se paye le luxe (et le culot), pour sa nouvelle création, d’enregistrer les titres… directement en live. Démarche originale qui dénote d’une sacrée confiance en soi, dont le groupe aurait tort de se priver tant le résultat est à la hauteur de ses ambitions.

Cabezas de Cera n’est en effet pas né de la dernière pluie. Son expérience est palpable et le groupe maîtrise son sujet de manière impressionnante. Les plans les plus complexes sonnent avec une facilité déconcertante, et pour un peu, on croirait presque que cette musique est simple. Pourtant, ce ne sont pas les sujets d’étonnement réjoui qui manquent et au petit jeu de la surprise, l’instrumentation occupe le premier rang : ils sont trois, et à eux seuls, jouent d’une dizaine d’instruments (batterie et percussions pour Francisco Sotelo, saxophones soprano et alto, et autres soufflants – dont un Midi – pour Ramsés Luna, et enfin Stick Chapman et diverses guitares pour Mauricio Sotelo).

Dans l’ensemble, les neuf compositions qui constituent Hecho en México sonnent comme un curieux mélange de King Crimson, époque Discipline (principalement du fait de l’utilisation du Stick Chapman et d’une série de percussions électroniques), de musique mexicaine traditionnelle et de thèmes typiques du Rock in Opposition (« Tercera Llamada » sonne comme une version amusante et détendue de Present), sur lesquels vient par moments planer le fantôme d’Elton Dean tant le son de saxophone épouse les contours de la pâte sonore du regretté Anglais (« Al Mictlán » notamment). Cette étrange mixture est mise au service de compositions alambiquées, structurées (« Laberinto ») ou non (le bien nommé « Rompecabezas », qui part littéralement dans tous les sens tout au long de ses treize minutes), d’une naïveté parfois déconcertante (« Corazón Alegre »).

En revanche, malgré ses nombreuses qualités, la formule ne « prend » pas véritablement, et l’écoute prolongée de cet album peut provoquer un certain sentiment de crispation. D’abord surpris, on finit par comprendre d’où vient cette agitation inconfortable qui prend peu à peu : le son d’ensemble, à la longue difficilement supportable. Tout est centré sur les fréquences moyennes et aiguës, et le disque manque cruellement d’une grosse basse qui gronde (le petit espoir suscité par « Laberinto » reste lettre morte), d’une grosse caisse qui fait « poum » dans les tripes ; en bref, d’un peu de gras et de chair.

Le squelette a ses charmes, certes, mais on s’en lasse, et un peu de moelleux parfois ne nuit pas. Ainsi, quand une saturation égrillarde vient se greffer sur un son déjà décharné (« Parkour », « Rompecabezas » encore), le tic nerveux approche, et il est bien difficile de retenir l’élancement de l’épaule qui monte, qui monte, qui monte. En bref, Hecho en México est un album exigeant et d’un abord parfois rugueux, mais sans nul doute intéressant.