Cosa Brava - Ragged Atlas

27/05/2010

Par Christophe Manhès

Label: Intakt Records

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À l’annonce du line-up du nouveau groupe de Fred Frith, le cœur s’emballe. Constitué de la charmante et prolifique violoniste Carla Kihlstedt, de son acolyte chez Sleepytime Gorilla Museum le batteur Matthias Bossi, et de la multi-instrumentiste Zeena Parkins, Cosa Brava a largement de quoi faire rêver à des perspectives que l’on imagine facilement iconoclastes. Mis en appétit à l’idée d’une nouvelle expérience collective, Fred Frith a donc délaissé un temps sa chaire universitaire californienne pour concocter un disque original censé renouer avec « une fraîcheur d’approche délestée de concepts longtemps réfléchis ».

Cette musique étrange au carrefour du rock, de la world et d’un style néo-baroque surprenant, a certes de quoi séduire. Seulement et contre toute attente, elle produit une insatisfaction qui pousse à multiplier les lectures pour démasquer ce qu’elle peine à révéler. Or, rien n’y fait. Au bout de cette quête, hélas, il manque bel et bien ce petit quelque chose d’essentiel capable de fissurer ce modelage un peu trop roide. Gourmand, on cherche presque en vain une chaleur et une exaltation digne des nippes intemporelles auxquelles Ragged Atlas semble prétendre. Seuls le violon et la voix de Carla Kihlstedt parviennent de temps en temps à combler la distance qui s’installe entre l’auditeur et ces paysages sonores au ton cireux.

La faute à une production qui manque de relief, une rythmique étonnamment guindée et des claviers franchement indigents (« Falling Up » et « A Song About Love »). Cosa Brava échoue là où son camarade John Zorn brille dans ses œuvres modestes quand il fait d’un projet aussi mainstream que O’o une petite merveille de sensualité exotique. Le son et l’interprétation irradient illico un truc délicieusement désincarné qui ne se détache jamais. Malheureusement, rien de ce genre ne se produit sur Ragged Atlas.

Que l’on ne se trompe pas, cet album reste souvent passionnant. Seulement eu égard au pedigree de ses géniteurs, c’est une déception. Il suffit de prendre un autre album de world moderne, comme le magnifique Viandra de Lars Hollmer et de le positionner face à Ragged Atlas, pour saisir la tiédeur et la rigidité de ce dernier. Dommage, car sur le principe, Cosa Brava mérite pourtant bien toute l’attention du monde.