Triclops! - Helpers on the Other Side

21/05/2010

Par Christophe Manhès

Label: Alternative Tentacles

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Triclops! a tout du groupe typé vite repoussé. D’une part parce que le boxon produit par ces vulcains ne fait pas vraiment dans la demi-mesure. C’est que la scène néo-hardcore dont ce groupe est issu puise, faut-il le rappeler, sa frénésie dans le rock vachard du punk. D’autre part, parce que le propos est doublé du chant de John Geek, un authentique hurleur dont la voix acérée de roquet apoplectique en agacera plus d’un. Pourtant, derrière ce tableau un peu trash, campe fièrement un grand groupe à la très forte personnalité.

Auteurs d’un premier album remarqué, Out of Africa, ces Américains pratiquent une musique particulièrement énergique, avec un goût pour la sophistication et pour l’épique inhabituel dans le contexte de ses origines musicales. Et ce n’est pas un menu plaisir de se rendre compte que ce second effort studio sonne avec la même jubilation électrique que le free-rock allemand des seventies qu’incarnaient si magnifiquement les premiers albums d’Amon Düül II.

Voilà une manière de faire de ce rock une manifestation orgiaque et cornue que Triclops! balance, intrépide, comme un défi à la face des dieux de l’Olympe. D’ailleurs son étrange pochette ne semble pas dire autre chose. Helpers on the Other Side confirme ainsi haut la main les qualités énumérées de leur première production, tout en pérennisant l’originalité du groupe grâce à cette touche « hardcore progressif » particulièrement originale et attachante. À travers six titres irréprochables soutenus par un son dense et détaillé, Triclops! démontre un savoir-faire et un sens de la composition qui transcende largement ses origines punk.

Que reprocher à un groupe capable de nous offrir un petit chef-d’œuvre de l’intensité de « Homage to Monte Cassino (Red) » ? La voix de John Geek, avanceront sans hésitation certains ? Même pas. Par-delà ses caractéristiques perturbantes, à chaque album on finit non seulement par s’attacher à sa sincérité et sa créativité, mais aussi par lui concéder une réelle efficacité. D’ailleurs, il suffit d’écouter le puissant et magnifique « With SARS, I’ll Ride the Wind », pour constater que le gars fait preuve de ressources peu ordinaires.