Univers Zero - Clivages

29/04/2010

Par Fanny Layani

Label: Cuneiform Records

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Ah, qu’il était attendu cet album ! Univers Zero ne s’était plus manifesté depuis Implosion en 2004, et le retour d’Andy Kirk, l’année suivante, avait changé la donne. Si ce disque était étonnamment lumineux – à la mesure de la noirceur ordinaire d’Univers Zero, sachons raison garder –, les concerts de ces dernières années marquaient un retour aux climats torturés de l’époque d’Hérésie ou de Ceux du Dehors, « Le Triomphe des Mouches » en tête. Les apparitions de la formation belge étant trop rares en Hexagone (en dehors des murs du Triton aux Lilas, toujours prompts à accueillir ces musiciens étranges, dont le plus grand plaisir semble être d’exploser les frontières stylistiques, et sans doute le dernier lieu de la capitale capable de leur proposer une exposition scénique). Dès lors, ce retour discographique n’en est que plus précieux.



Plus que jamais, l’enfant terrible engendré par le croisement qu’on aurait cru jusque-là contre-nature entre l’esthétique rock et les musiques d’Europe de l’Est du début du vingtième siècle (Bartok saute immédiatement aux oreilles, tout comme Ligeti lorsque l’on s’aventure sur des terrains plus rugueux et contemporains), Univers Zero enfonce le clou de sa proposition musicale, un net cran au dessus de ses précédentes productions. Bien que les compositions soient signées de divers auteurs (Daniel Denis pour quatre titres, dont les excellents « Les Kobolds » et « Soubresauts », mais aussi Michel Berckmans, Kurt Budé et Andy Kirk pour un épique « Warrior » de douze minutes), l’unité stylistique est frappante, et Clivages recèle un réel propos de groupe où les individualités se fondent dans un portrait d’ensemble.



On est loin des ambiances les plus sombres de leur répertoire (« La Faulx », « Le Triomphe des Mouches », et évidemment « Jack The Ripper »), mais tout aussi loin d’Implosion. Tout ce qui semble carré ne l’est pas, chaque mélodie cache un propos anguleux derrière ses arabesques grinçantes. Au détour de chaque break se dissimule une inquiétude, chaque dissonance pique l’oreille, l’empêchant de se laisser aller à la douceur des timbres de clarinette, de basson ou du violon. « Soubresauts » a de petits airs sulfureux de danse macabre sarcastique, tandis que « Warrior » et « Straight Edge » frisent l’angoisse. Sur chaque titre, la complexité est de mise, harmonique ou structurelle, quand elle ne combine pas les deux aspects. Mais jamais, pour autant, on ne perd le fil. Jamais l’univers du groupe ne sombre dans l’abscons.



Qualité, exigence et rigueur sont en effet les maîtres mots de ce Clivages, qui reste pourtant toujours accessible et parvient à éviter l’écueil de l’austérité. Voilà donc, sans doute, le disque le plus accompli des Belges à ce jour (et il ne s’agit pas, ici, du cliché galvaudé du « nouvel album, le meilleur de tous jusqu’au suivant »), subtile synthèse de toutes les qualités de la formation. Rauque et strident, chaleureux et enjôleur, médiéval et contemporain… Univers Zero administre la preuve par dix d’une personnalité plus riche et plus forte que jamais.