Daughters - Daughters

21/04/2010

Par Aleksandr Lézy

Label: Hydra Head Records

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« Ne pleure pas petite fille, ils vont revenir, tes parents ! » pourrait-on dire à la vue de cette très belle pochette en noir et blanc, et aux rumeurs persistantes du départ de deux membres de Daughters, juste avant la sortie de ce nouvel album, qui compromettrait grandement son avenir. Si ce troisième disque éponyme annonce la fin du groupe, un hommage doit être rendu à cette modeste formation américaine qui a su très rapidement faire parler d’elle en 2003, grâce à un mélange unique entre math rock et noise rock, et des manières de faire pour le moins cavalières.

A l’époque, Canada Songs durait onze minutes en tout et pour tout. Pour un premier album, c’était expéditif, intense, puissant mais surtout frustrant. En 2006, Hell Songs comble les fanatiques avec douze minutes supplémentaires : prenant, grinçant, épileptique et tout aussi passionnant que son petit frère. Quant à ce Daughters, il vient se poser confortablement en haut de la pile des disques palpitants du moment, notamment pour ce travail d’effets sur les guitares, absolument ultime, et bien d’autres subtilités.

Daughters a troqué sa production rock pour un son typé metal efficace et gonflé, massif sur l’ensemble des huit titres, homogène sur la longueur du disque, poussé cette fois-ci à vingt-neuf minutes (!). Les structures des morceaux ont immanquablement été modifiées et paradoxalement, les idées se voient mises en valeur et non pas avalées et recrachées aussitôt.

Le côté impulsif et urgent des deux albums précédents passe un peu à la trappe tandis que l’intérêt et la maturité de la composition trouve enfin un réel équilibre. Le chant, ou plutôt la voix d’Alexis Marshall, proche d’un Mike Patton, dans son rôle de poète torturé, écorche un peu moins ses cordes vocales, créant ainsi volontairement une sorte de dichotomie entre ce que représente la musique et ce qui est raconté dans les textes.

Daughters signe là un excellent album. Cependant, s’il est clairement moins underground et déconstruit que le diptyque Canada Songs et Hell Songs, Daughters pourrait déplaire à certains die-hard fans de la première heure. Quoi qu’il advienne de la formation, cette brochette juteuse de mets raffinés inspire le respect pour sa démarche et son originalité. Un bon compromis pour les déçus du dernier album de The Dillinger Escape Plan…