The Rebel Wheel - We Are in the Time of Evil...

19/04/2010

Par Christophe Manhès

Label: 10t Records

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Désespérant ! C’est à se demander si le milieu du rock progressif ne se comporte pas comme celui de la scientologie : dès qu’il s’agit d’évoquer ses travers, derrière « l’harmonie » et les rêves bleus se dissimule la loi du silence. Des alpages proviennent de trop nombreux disques pour lesquels critiques et fans manquent singulièrement de hargne dans leurs jugements. En plus d’être considérée comme « positive » et donc intouchable, la part onirique de cette musique la déchargerait de la responsabilité de ses faiblesses récurrentes. Touche pas à mes rêves ! Conséquence inévitable, le rock progressif dit « classique » progresse peu et des groupes comme The Rebel Wheel s’offrent le luxe de sortir un second album malgré une immaturité encore trop évidente.

Ce groupe est – disons le tout net – au rock progressif séminal ce que la margarine est au beurre des Charentes. Il faudrait que ces Canadiens nous expliquent par exemple comment ils peuvent s’associer eux-mêmes à des influences telles que Gentle Giant, Frank Zappa, Genesis ou Rush, et offrir sans complexe un disque aussi mal dégrossi et un brin assommant ? Qu’ont-ils retenu des prestigieux visionnaires du passé sinon les notions vagues de « complexités » ou de « titres longs et à tiroirs » ?

De toutes évidences, ni la cohérence ni la finesse d’interprétation, ni non plus la volonté – souvent obsessionnelle chez les grands anciens – de bâtir des compositions solides à l’identité affirmée. Manquant cruellement de feeling et de vision, We Are in the Time of Evil Clocks donne envie de changer définitivement de crémerie. L’album agace à force d’empiler maladroitement les idées et les styles – « protéiforme », mon œil ! Seules émergent quelques performances instrumentales, trop tapageuses pour être honnêtes.

Soit, The Rebel Wheel n’est pas tout de même si catastrophique. Il y a bien chez eux une volonté de moderniser le rock progressif. Sauf que… « ça ne le fait pas ». Trop lourd, trop distendu, trop maladroitement chanté, trop long, le disque peine à retenir l’auditeur jusqu’au bout. Dans le même style, les Chiliens de La Desooorden ou les Suédois de Ritual sont des formations contemporaines bien plus recommandables.