Mantric - The Descent

08/04/2010

Par Aleksandr Lézy

Label: Prosthetic Records

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Extol, mort et enterré depuis environ cinq ans, il semblait difficile de penser que certains musiciens manigançaient un éventuel retour. Plutôt que de faire un revival sans queue ni tête, trois de ses membres reforment non pas cet incroyable groupe des années quatre-vingt-dix, mais une nouvelle mouture de celui-ci, tel l’enfantement du fils prodige. C’est sous le nom de Mantric que les Norvégiens, séparés de David Husvik parti jouer de sa batterie chez Twisted Into Form avec l’ex-Spiral Architect Kaj Gornitzka (dont le résultat sera le fantastique The Comes Affliction to Awaken the Dreamer en 2006), se relèvent afin de dispenser la bonne parole sur le monde du metal moderne et progressif.

The Descent invoque les esprits de groupes ayant révolutionné le metal tels que Cynic, Extol à une plus petite échelle, et ceux qui ont tout simplement redonné un second souffle à la fin du vingtième siècle à cette première vague qui commençait au bout d’une décennie à se tarir avec Textures et Hacride, pour ne citer qu’eux. Une jolie comparaison qui permet d’attester de la qualité du produit, sans parler de la collaboration avec Tue Madsen à la production.

Mantric n’arrive pas à la hauteur de tous ces précurseurs mais développe avec brio une incroyable alliance de metal moderne, de progressif, la touche punk étant elle-même affirmée en sus par le groupe. Les mélanges de chant clair (facilement assimilable au chant de Toby Driver dans Kayo Dot) et plus agressif font penser clairement à Mastodon, notamment sur « Tower of Silence », brûlot ardent aux sonorités complexes et prenantes. « Symptoms », aussi abrupt que percutant, rappelle quant à lui Hacride. La suite n’en est que plus intéressante, offrant des velléités similaires à celles pratiquées jadis par Extol. Les développements s’inscrivent dans des ambiances travaillées et des nuances riches. L’univers semble futuriste tandis que la plupart des riffs énoncent des techniques d’écriture typiques de l’école scandinave, avec un grand malaxage de tonalités et d’harmonies.

Tout comme dans Extol, la présence d’instruments comme le piano ou le violon joue un rôle important. Le chanteur Ole Sveen déploie un arsenal d’idées impressionnant pour que tout se marie avec intelligence. Moins technique que chez leurs compatriotes de Frantic Bleep, l’accent est davantage placé sur une atmosphère que sur un acharnement « à faire compliqué ». D’ailleurs, nul solo de guitare mais de belles successions de riffs lourds et vifs comme sur l’étonnant « Exorcism – in a Treacherous Kiss ». Même si dissonante par moments, la mélodie définit un cap dans la légitimité du groupe.

The Descent marque ainsi un nouveau départ pour les ex-musiciens d’Extol. Cette nouvelle identité inévitablement proche de l’ancienne induit néanmoins une idée préconçue de déjà-entendu. Alors que le disque convainc par des attributs certains, les influences majeures employées sont bien trop présentes. Pour ceux qui ne connaissent pas leurs antécédents, cet album produira sûrement un effet bœuf !