Gilles Omont - Home Made

17/03/2010

Par Jérôme Walczak

Label: Musea

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Gilles Omont fait partie de ces francs tireurs de la musique actuelle. Il ne renonce apparemment pas face à une industrie du disque toujours plus en déroute, cramponnée qu’elle est à des habitudes de production et de diffusion d’un autre âge. Le Havrais montre au contraire que les artistes dépassent allègrement les procédés recuits et voués à disparaître pour créer, à leur manière, de nouvelles façons de se faire connaître aux yeux d’un grand public qui ne sera pas déçu à l’écoute de cette première production.

Gilles Omont n’est pas un inconnu car dans les années soixante-dix, outre son rôle de saxophoniste du groupe Engrenage, il s’attela par la suite aux claviers d’Orejona pour finalement rejoindre le Golf Drouot, et participa à l’organisation de nombreux concerts et à la promotion d’artistes aussi renommés que Téléphone, Trust, Motörhead ou Daniel Balavoine.

Home Made est une œuvre entièrement solitaire qui pousse l’étude de l’ingéniérie du son et de la production à un haut degré de perfection. Gilles Omont a conçu chacune des étapes de ce disque touffu et riche de sonorités épurées avec soin. La force de cet album réside dans sa structure élégamment agencée : alors que les pistes sont nombreuses, les styles divers (folk, electro voire reggae), le musicien a su créer une ambiance, une véritable identité, une « patte » qui évite la désorientation et la déroute. Cet entremêlement harmonieux confère à sa musique une puissante homogénéité, tandis que les mélodies et les atmosphères se superposent tant et plus, sans jamais ennuyer ou céder à la tentation du remplissage.

L’essentiel du travail s’apparente à un jazz-rock fusion inventif et accessible. La maîtrise de la machine et des instruments est ici sans ambages, sans hésitations ; parmi les titres particulièrement mémorables se retrouve notamment « Good Weather » et son évolution très progressive aux claviers ponctuée d’une petite mélodie hypnotique qui confère une évidente cohérence au morceau. Des sonorités plus sombres, où les expérimentations au vocoder font mouche, rendent certaines parties épiques et délicieusement anxyogènes (« Zork Storm », aux volutes ethniques particulièrement bien trouvées et inventives).

Les alternances entre moments méditatifs et morceaux plus puissants, plus sombres aussi, confèrent à cette production un intérêt réel, que le public semble reconnaître à sa plus juste valeur, comme en témoignent les téléchargements légaux d’Home Made qui ne cesse de gravir les échelons en France comme aux Etats-Unis. Il serait dès lors indécent de passer à côté de cet excellent disque.