Fromuz - Seventh Story

19/02/2010

Par Jean-Daniel Kleisl

Label: 10t Records

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A l’écoute de cette troisième publication, on se demande si les Ouzbèques les plus célèbres de la planète – après leur indéboulonnable président – ont pu franchir une nouvelle étape leur permettant d’accéder au rang des formations phares du rock progressif actuel. En un sens, évoquer la question, c’est y répondre… avec un oui assuré ! Des changements, Fromuz en propose à la pelle.

La section rythmique a été entièrement renouvelée avec l’arrivée d’Ali Izmailov à la batterie et de Sur’at Kasimov à la basse, pour un résultat époustouflant de précision et d’efficacité. Preuve s’il en est qu’il existe une scène rock de qualité dans l’ex-république soviétique. L’arrivée d’un deuxième claviériste en la personne de Igor Elizov contribue également à épaissir l’assise harmonique de la formation et à rendre son propos plus percutant, au risque de s’essayer à des sonorités tantôt old school (les soli de « Taken »), tantôt nouvelles (xylophone, carillon). Mais c’est surtout le chant qui fait son apparition pour la première fois sur un album de Fromuz. Assurées efficacement par le guitariste et principal compositeur Vitaly Popeloff, les parties vocales ne sont utilisées qu’avec parcimonie, notamment dans les compositions qui ouvrent et clôturent l’album, et confèrent à l’ensemble un semblant d’accessibilité en comparaison des deux disques antérieurs.

Seventh Story s’appréhende comme un album de Pink Floyd, avec ses dialogues entre les morceaux ou ses transitions musicales très habiles, telle la superbe et planante « Bell of Earth ». Débordant de créativité, les longues compositions à tiroir abordent avec une fluidité déconcertante des styles très divers (progressif, jazz rock, ambient, acoustique, le tout souvent mêlé). Contrairement à un Discus avec qui on pourrait sans doute les comparer, Fromuz ne fait que peu référence au folklore de son propre pays, à l’exception du passage des guerriers des steppes de l’Est dans « Desert Circle », le morceau le plus enlevé et varié du disque (soli à la Frank Zappa, guitare acoustique à la Al DiMeola, final comme Dream Theater n’en a plus fait depuis dix ans).

Servi par une production haut de gamme, Seventh Story revigore, sans renier le passé, un genre à l’agonie depuis quelques années. On pourrait reprocher aux Ouzbèques leur volonté inaltérable de remplir jusqu’à plus soif leur album (près de quatre-vingts minutes !) – « Taken » s’embourbe dans les soli dans sa deuxième partie – mais ce nouvel album réussit l’exploit de présenter une musique à la fois très variée, accessible et passionnante quasi de bout en bout. Chapeau bas Messieurs !