Umlaut - Umlaut

16/02/2010

Par Christophe Manhès

Label: Autoproduction

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On imagine sans peine qu’après être passé sous la houlette d’un musicien à la personnalité aussi forte que Mike Patton au sein d’un groupe comme Mr. Bungle, il a dû être compliqué pour le saxophoniste Clinton « Bär » McKinnon de se faire sa propre place au soleil. C’est que l’envergure rabelaisienne et la puissance créative des délires du « sonotone free style » du combo américain ont marqué plus d’un esprit. Umlaut, son projet solo, en a d’ailleurs fait les frais.

Fondé par Bär McKinnon, après six années d’une carrière en pointillé depuis le split de Mr. Bungle (on l’a croisé entre autres dans Secret Chiefs 3 et The Dillinger Escape Plan), et un exil volontaire sous les cieux australiens, Umlaut incarnait l’espoir de goûter à une nouvelle formule magique capable de métamorphoser le rock à papa avec la même vigueur que son ancien et illustre groupe. Or le saxophoniste a fait le pire des choix en s’alignant sur le travail de son aîné, sans le moindre apport personnel.

La formation capable d’égaler des albums tels que California ou Disco Volante n’est pas encore née. Manquant de folie, émoussée, la musique d’Umlaut fait pale figure face au clown thrash de Mr. Bungle. Même l’énergie y est en basse tension. Eléments essentiels de ce genre de création brassant les styles sans vergogne, la production et les arrangements ne parviennent jamais à égaler la virtuosité du modèle. Et quand Umlaut s’écarte du dogme, c’est pour produire des duplicatas trop clairement affiliés à l’autorité tutélaire, avec des groupes comme Fantomas (« Bigfoot Is Real »), Estradasphere (« Dain Bramage ») ou bien encore Secret Chief 3 (« The Horrible Things We Say »).

Pour cet avatar, ne pas avoir été plus audacieux relève d’un manque de compréhension de la musique qu’il ambitionne de jouer. C’est presque lui faire injure. Bien sûr, on trouve dans la marmite quelques plaisirs et de beaux moments de bravoure, mais Umlaut – littéralement « transformation du son » en Allemand – fait mentir le sens étymologique de son nom en se cantonnant à un rôle de simple cover band. Comme toujours certains s’en contenteront. Les autres seront en droit de se demander à quoi bon ?