Oto Spooky - Oto Spooky

12/02/2010

Par Aleksandr Lézy

Label: Autoproduction

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Il va falloir se cantonner à décrire la musique d’Oto Spooky, car à part savoir que les quatre membres de cette formation française sont originaires d’Ile-de-France, précision imprécise, rien ne transparaît de leur historique. Peu importe car le mystère est encore meilleur lorsqu’il s’agit d’un groupe qui produit une denrée sonore si palpitante et rare dans nos contrées.

Oto Spooky percute à la manière d’une petite gifle bien sentie, transperce comme le vent à travers la laine sur le corps. Environ une minute suffit pour ressentir l’effet captivant de cette fusion de genres et d’influences. Un air de Mr. Bungle dans l’assemblage et les transitions entre les riffs, sans oublier l’effervescence de ces derniers lorsqu’ils se mettent à rebondir dans tous les sens grâce au choix des instruments utilisés. L’originalité réside simplement entre l’adéquation des instruments à vents soufflés par le chanteur guitariste Julien Wack et les claviers et Rhodes de Stéphane Gasquet : la combinaison est le reflet d’une richesse harmonique venue des tréfonds du jazz, et probablement le résidu d’écoutes de Frank Zappa et autres musiques extra-terrestres. La patte du grand maître de l’écriture rock contemporaine apparaît ici et là, notamment lorsque Julien passe d’une voix proche d’un Daniel Gildenlöw (le travail des chœurs ne peut être étranger à l’influence Pain of Salvation) à celle d’un Captain Beefheart moderne, comme sur « Sailing » par exemple.

Dans cette insolence à créer des rythmes et des enchainements judicieux, la paire basse/batterie emmenée respectivement par Nicolas Custaud et Jean-François Devanneaux échappe à la règle du classique jeu de poids sur les temps. C’est frais, rebondissant, insolent parfois lorsqu’il s’agit d’accompagner les moments de folklore balkanique et autres facéties expérimentales. Un détail toutefois : la guitare est quant à elle bien trop peu soignée sur le choix des sons électriques. Le travail effectué autour des onomatopées sur les mélodies vocales confère un rendu incroyable, fort d’une dynamique impétueuse. Et si cette dernière n’est pas vraiment flagrante sur l’ensemble de la prise de son, et ne présente pas Oto Spooky dans l’apparat que seuls les grands groupes connus peuvent se permettre d’obtenir, il faudra se contenter de la qualité de ces compositions impeccables !

La précision supplémentaire est qu’Oto Spooky signe ici un premier album, c’est édifiant … La maturité est de mise, la crédibilité incontestable. Les deux pouces en l’air pour ce carré magique français capable sans aucun doute d’apporter du sang neuf à un rock fantasque et original aux frontières de l’expérimentation accessible.