Shaolin Death Squad - Five Deadly Venoms

11/02/2010

Par Jean-Philippe Haas

Label: Do For It Records

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Il aura fallu ronger son frein pendant trois longues années pour découvrir enfin le successeur de Intelligent Design, ovni musical auto-produit sorti de presque nulle part en 2006. Trois années pendant lesquelles les Texans ont affiné et épuré leur metal à géométrie variable.

« Romanza », thème archi-connu popularisé par le film de René Clément Jeux Interdits pose le fil rouge de Five Deadly Venoms, celui d’une approche cinématographique. Pour son second album, Shaolin Death Squad (少林敢死队 pour les intimes) s’attaque ainsi à l’un des films culte de la Shaw Brothers, sorti en 1978, Five Deadly Venoms (« 5 Venins Mortels » en français, disponible chez tous les bons revendeurs). L’intrigue : le dernier disciple d’un Grand Maître des arts martiaux mourant part à la recherche d’anciens élèves ayant mal tourné, dans le but de stopper leurs vils desseins. Il va devoir affronter un à un leurs redoutables techniques de combat inspirées de créatures aussi variées que le mille-pattes, le serpent, le scorpion, le lézard et le crapaud.

Dès « Centipede », le nouveau Shaolin Death Squad frappe par des entrées en matière plus directes, des titres plus compacts. S’il ne s’agit aucunement d’un revirement complet – la saveur d’Intelligent Design perdure à travers des titres comme « Toad », « Lizard » ou encore « Let Us Welcome the Actors » –, l’escouade a abandonné toute complexité parasite au profit d’un savant assemblage, riche en digressions, qui utilise et mêle les substrats les plus efficaces du metal classique et moderne, de Mr. Bungle à Devin Townsend.

Mais surtout, Five Deadly Venoms réussit l’exploit de s’affranchir de ces références pour développer un style de composition propre, à la forte mise en scène, jamais tout à fait sérieux, qui doit également sa particularité à une signature vocale des plus originales. Très à l’aise dans les changements de registre, le versatile Androo O’Hearn alterne vocaux à la Mike Patton, lignes épurées, vocoder et poussées typiquement heavy, renforçant ainsi l’aspect narratif du disque.

Avec sa musique très visuelle, Five Deadly Venoms a des allures de bande originale de film d’action kitsch. Mais ne nous méprenons pas : nous sommes en présence d’un grand album, délicieusement hybride, à la personnalité bien affirmée. Lao Tseu a dit : « Il faut trouver la voie ». Shaolin Death Squad a définitivement trouvé la sienne.