Ainur - Lay of Leithian

26/01/2010

Par Jérôme Walczak

Label: Electromantic

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Le premier qui maugrée, oui, là au fond à droite, en désespérant de ne plus entendre de vrais groupes de néo, déplorant avec amertume que cette musique soit devenue aussi actuelle qu’un 45 tours d’Hervé Vilard, est sommé d’écouter in extenso la fresque épique proposée par Ainur, vraisemblablement un collectif italien composé d’un troupeau d’orques, de quelques gobelins, d’un anneau magique, de deux ou trois dragons et accessoirement de quelques musiciens (trois narrateurs, douze chanteurs, un orchestre symphonique, des guitaristes, des claviers, des harpistes, des batteurs : du très très lourd, il ne manque que Christopher Lee…).

C’est pourtant le genre de superproduction qui aurait tendance à effrayer un public passablement échaudé par les projets Colossus et autres régiments de musiciens invités à enregistrer six heures d’éléments plus ou moins audibles sur un thème donné : l’île au trésor, l’enfer de Dante, les cours de la bourse, la taille des slips, etc. Ici le thème est un conte elfique imaginé par… J.R.R. Tolkien où il est question du… Silmarillion ; il est des sujets tout simplement inépuisables…

Vous avez bien lu : « Ainur, vraisemblablement… ». C’est en effet que la crise du disque bat son plein et l’honnête rédacteur n’aura reçu que deux copies dépourvues de livrets, du nom des pistes, et de toute d’information relative aux membres du groupe… bref, le minimum vital pour avoir l’air sérieux. Entre cette misère et un fichier à télécharger légalement sur un espace web quelconque, le choix est donc vite fait (message, message… comprenne qui pourra).

Il est question ici d’un vrai concept, long, épique, bourré de voix off masculines et féminines, de moments sombres et symphoniques et même d’un dragon qui rugit : le pied intégral, l’orgasme, enfin ! Contrairement à pléthore de disques empruntant leur thématique à ces univers ésotériques et fantastiques, le projet d’Ainur est extrêmement structuré. Comme un opéra, l’œuvre a un sens, évolue, et ne perd pas son auditeur dans un fatras de mélodies imbuvables.

Les amateurs de Clive Nolan et des pâtisseries du père Lucassen ou de Caamora seront comblés, tout comme ceux qui repèreront les quelques parentés avec Ange qui se décèlent deci delà (« Les Noces ») : gigues dansantes au piano, morceaux entraînants qui côtoient des parties certes prévisibles, mais particulièrement bien agencées entre elles. Ainur est toutefois loin d’Ayreon, la veine metal étant souvent évacuée au profit d’instruments classiques, de claviers virevoltants, de voix dignes d’un opéra rock soigné et glorieusement kitsch. Ce disque est au progressif ce que Lady Gaga est à Madonna : une évolution estimable, logique, soignée, sans doute passablement inutile mais qu’on ne peut s’empêcher de déguster avec délectation.