Dead Man's Bones - Dead Man's Bones

11/01/2010

Par Christophe Manhès

Label: Anti-

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Alors là, bravo ! Pourtant, cette affaire partait mal. Avec un nom à coucher dehors, une pochette plus moche tu meurs, un univers de film d’horreur à trois sous et seulement deux musiciens pour jouer de presque tous les instruments, on ne donnait pas cher de la peau de ces musiciens sortis de nulle part.

Seulement, ô surprise ! Après dégustation consciencieuse, leur premier album s’est très vite révélé une petite merveille iconoclaste, un truc rare et atypique à partir duquel il serait bon de méditer. Dead Man’s Bones démontre brillamment qu’avec seulement trois notes, trois instruments et même beaucoup de silence, il est toujours possible de façonner un grand disque de pop. Le talent peut tout se permettre et nos deux musiciens fondateurs, le Canadien Ryan Gosling et l’Américain Zach Shields (par ailleurs tout deux acteurs reconnus) c’est évident, n’en manquent pas.

Minimaliste et glacé, ce disque déviant, d’une ironie calme et macabre, nous fait partager une expérience d’une apesanteur surréaliste, de celle qui laisse une trace profonde au fond du crâne. Ce n’est pas un hasard s’il repose en bonne partie sur des chœurs d’enfants – celui du Silverlake Conservatory of Music – car Dead Man’s Bones, c’est un peu comme si on avait donné à des gamins quelques bouts de ficelles pour s’amuser et que, tels des sorciers maléfiques, ces petits morveux avaient réussi à donner vie à un monde lugubre et fascinant.

De fait, leur musique possède une aura peu banale. Ses géniteurs y ont appliqué une décoction alchimique d’une austérité quasi cénobite, réussissant néanmoins le tour de force d’offrir un spectacle somptueux, magnifiquement produit, façonné de longs tacets élégants et de mélodies aussi rudimentaires qu’entêtantes (« Pa Pa Power », « Lose Your Soul »). 2009 nous aura réservé de bien belles surprises. L’improbable pop gothique de Dead Man’s Bones n’est pas la moins hiératique d’entre elles.