Orchestre National de Jazz - Around Robert Wyatt

31/12/2009

Par Christophe Manhès

Label: Bee Jazz

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La reconnaissance de Robert Wyatt remonte bien au-delà de ce monument – cette pierre philosophale ! – qu’est Rock Bottom sorti en 1974. Car il ne faudrait pas oublier le rôle déterminant qu’il joua dès le milieu des années soixante au sein de Soft Machine, jusqu’à cet autre fameux album qu’est Four. A la finesse de son jeu à la batterie, venait s’incarner dans un contexte rock cette touche jazzy qui aujourd’hui légitime amplement cet hommage de l’insigne Orchestre national de Jazz sous la direction de Daniel Yvinec.

Il ne faut pas oublier que de Robert Wyatt et le mouvement Canterbury, dont il fut l’un des principaux protagonistes, ont construit leur réputation sur une pop inventive et gouleyante irrésistiblement attirée par le jazz comme le tournesol par l’astre solaire. Aussi, rien d’étonnant que ce haut lieu du jazz qu’est l’ONJ ne se tourne à son tour vers cette œuvre puissante dont il épouse les contours avec la sensualité naturelle de deux mondes qui se côtoient par reconnaissance mutuelle.

Édifié autour des voix de Robert Wyatt et de nombreux invités, comme Arno, Camille, Daniel Darc, Yael Naïm, Rokia Traoré et l’étonnante Irène Jacob que l’on ne savait pas aussi excellente chanteuse (« Del Mondo » est l’une des plus belles de prestations de l’album), la grande réussite d’Around Robert Wyatt est d’avoir su organiser sur des prises a cappella une splendide orchestration, magistralement produite, avec autant de chaude clarté que de dynamisme tranquille. Grâce aux arrangements de Vincent Artaud, l’album palpite d’une vie réellement inouïe et s’avère à l’usage capable d’ouvrir les esprits les plus fermés autant au jazz qu’à la pop ciselée et souvent aventurière du Britannique.

De cet hommage généreux en talent, on ressort comme lesté et le sourire aux lèvres. Le seul reproche induit par ce travail d’envergure est d’avoir peut-être trop recouvert par son envoûtante luxuriance les ombres ainsi que les traits vifs et intuitifs de l’écriture mélancolique de Robert Wyatt. Peu importe, cet album est une œuvre magnifique, produit par un ensemble dont on ne peut que saluer l’humilité autant que l’appétit d’horizons nouveaux.