Abigail's Ghost - Selling Insincerity

16/12/2009

Par Christophe Gigon

Label: Aesperus Music

Site:

Approchez, approchez, chers curieux, venez admirer cette étrange bête américaine qui ne vit que par et pour son pygmalion anglais : Porcupine Tree. L’histoire de la musique est en effet emplie de formations inspirées par la musique de leurs aînés : sans les Beatles, pas de Genesis, sans Genesis, pas de Marillion, sans Marillion, pas de Gazpacho et on pourrait continuer ad aeternam la liste des généalogies et affiliations plus ou moins naturelles de l’histoire du rock anglo-saxon.

En revanche, ce qui fait d’Abigail’s Ghost une sorte de phénomène de foire absolument fascinant reste cette volonté intrinsèque de coller au plus près à tout ce qui constitue l’essence même des morceaux composés par Steven Wilson. Dans les onze titres de ce premier véritable album, tout n’a pour unique but que de pouvoir participer de la « geste wilsonienne » jusqu’à la schizophrénie. On connaissait The Watch (clone de Genesis), RPWL (avatar de Pink Floyd), mais le duo américain va encore plus loin et frappe surtout plus fort : même s’il en coûte de l’avouer, l’exercice de style s’avère plus que convaincant, plus que surprenant, et constitue même une sorte de perfection dans le travail méticuleux de mimétisme forcené.

Le son, la production, les voix, les compositions, les ambiances, tout concourt à faire de ce Selling Insincerity, au titre manifestement caustique, un disque simplement parfait de bout en bout. Tout amateur du quartette britannique se doit de posséder cet artefact incroyable, il est ainsi assuré de prendre un pied énorme. Certes, l’éthique en prend un sacré coup, mais pour qui veut bien faire la sourde oreille, un véritable délice auditif s’offrira à lui.

Faut-il en rajouter une couche en avouant que ce disque apparaît comme plus réussi que The Incident, dernière production en date de qui vous savez ? Drôle de retournement de situation, n’est-ce pas ? Naturellement qu’avec un tel positionnement sur l’échiquier musical, l’évaluation ne peut apparaître que comme superfétatoire, ou en tous cas, pour le moins surfaite.