DeWolff - Strange Fruits...

15/12/2009

Par Jean-Daniel Kleisl

Label: REMusic Records

Site:

Créer un groupe en 2007, enregistrer un album dans le local de répétition grâce à ProTools et le sortir en auto-production, ou au mieux avec un petit label qui assurera une maigre promotion, et éventuellement se produire pour quelques dates, ne permettent absolument plus d’avoir une quelconque reconnaissance du public. Pis, cette façon de procéder aboutit bien souvent à jouer sa musique pour quasiment soi-même.

Les jeunes Hollandais (des teenagers !) de DeWolff l’ont parfaitement compris et s’organisent comme au bon vieux temps : suer sang et eau sur la route et tester leurs compositions devant le public. En dix-huit mois, ils écument le plat pays de long en large (plus de cent concerts !), enregistrent un premier EP et assurent quatre passages sur les chaînes nationales. Les critiques sont élogieuses et le label REMusic les prend sous son aile.

Attention toutefois, DeWolff n’est pas la dernière sensation pop-R’n’B-MTV-avec-les-nanas-qui-trémoussent-les-fesses ou un énième clone de Tokio Hotel pour adolescentes en fleur. Les Hollandais emmènent l’auditeur en 1968, en compagnie des Doors, de Cream, du Jeff Beck Group et des premiers Deep Purple. Le power trio (orgue, guitare, batterie), dont la réputation de groupe de scène commence à dépasser les frontières de son pays, n’hésite pas à se lancer dans des improvisations d’un quart d’heure avec ce son si caractéristique de la fin des sixties. Sont-ils donc capables de reproduire sur album l’atmosphère enfiévrée de leurs prestations publiques ?

A l’écoute de Strange Fruits and Undiscovered Plants, les passages improvisés sont réduits à leur portion congrue. Le syndrome Cream – morceaux courts en studio et grosses improvisations en concert – se répète-t-il ? En tout état de cause, le trio a misé sur l’énergie de compositions psychédéliques et rentre-dedans. Seul l’énorme epic « Silver Lovemachine », concentré d’une dizaine de minutes du meilleur Hawkwind, évoque la scène.

Pour le reste, des pièces de quatre à cinq minutes, sans fioritures, peuplent ce premier essai très réussi : Deep Purple par-ci (« Mountain », « Don’t You Go up the Sky »), The Doors par-là (« Desert Night »). L’orgue Hammond de Robin Piso est le roi, Pablo van de Poel se la joue God Slowhand période Wheels of Fire tandis que son frangin Luka tient les baguettes de mains de maître. DeWolff est aussi capable de grande finesse dans les pièces plus calmes telles l’arpégée « Medicine » au superbe final de Rhodes ou le sommet du disque, « Birth of the Ninth Sun » et son piano amoureux avant cette puissante montée apocalyptique.

Enregistré avec des bandes analogiques sur un vingt-quatre pistes (si si !), la production du disque prend clairement le parti de la saturation. Pendant cinquante minutes, l’auditeur est jeté dans une belle fournaise où le son est parfois limite cradingue, bien loin des standards habituels des productions parfaites du rock progressif. A l’instar des regrettés Liquid Scarlet il y a quelques années, DeWolff prend tout le monde par surprise avec cet album détonnant de maturité. On peut reprocher l’aspect par trop revival et rétro de Strange Fruits and Undiscovered Plants même si ces jeunes gens apportent néanmoins une fraîcheur bienvenue et communicative en ces temps troublés. Il n’y a qu’une chose à dire : encore !