Dante's Purgatorio - The Divine Comedy Part II

14/12/2009

Par Jérôme Walczak

Label: Musea

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Selon le catéchisme de l’Eglise catholique, apostolique et romaine, le Purgatoire aide le pécheur à prendre conscience « douloureusement de ses imperfections »… C’est dire si le thème du second projet dantesque de l’association Colossus colle parfaitement à la réalité théologique. Mais diable, avons-nous mérité tout cela une veille de fête ?

Dante’s Purgatorio est aux concept albums ce qu’une pintade farcie aux pigeonneaux sur lit de canard confit est à la cuisine macrobiote : c’est lourd et à peine digeste. Au départ, la chose se déguste sans trop de difficulté, une certaine fadeur semble même être de mise (le moins qu’on soit en droit d’attendre compte tenu des trois heures qui vont suivre). L’introduction de Simon Says, bucolique à outrance avec sa flûte et son piano, remplit ainsi le cahier des charges : un style copie carbone des années soixante-dix (ici, on se croirait dans du Harmonium qui aurait frétillé avec Renaissance pour engendrer on ne sait trop quoi) sans une once d’appareil électrique. C’est joli mais vaguement redondant. Décevant de la part d’un groupe de cette trempe.

Le service minimum est d’ailleurs de rigueur. Nemo ne parvient guère à attirer le chaland, tant sa petite mélopée primesautière tranche brutalement avec ce qui précède… Et l’ensemble est de cet ordre. Près d’une quarantaine de groupes se sont partagé la tâche – séduisante sur le papier – de retranscrire musicalement le second volet de la Divine Comédie. Franchement, aucun de ceux qui sont bien connus n’a véritablement forcé son talent, excepté Willoglass qui gratifie l’auditoire d’une ballade instrumentale douce, construite, développée, structurée, en un mot : progressive. Phideaux, autre groupe doué, se contente d’une ressucée à la Ayreon à peine mémorable…

Le vrai problème est d’avoir confié un tel sujet à tant de groupes variés. Il n’en ressort malheureusement aucune cohérence, aucune unité qui se dégagerait de l’ensemble. Il n’y a pas ce petit élément qui reviendrait, incidemment, tel un thème récurrent. Sont également absents les différents mouvements tels que l’introduction, le développement, la série d’harmonies qui laisseraient deviner un semblant de construction. Tout et son contraire se côtoient dans un joyeux fatras sans queue ni tête. Des thématiques presque metal (Atlantis 1001) précèdent des introductions lourdes au piano, parfois intimistes (Contrappunto Project) et de facture très classique.

La véritable douleur, car c’en est une, c’est de passer son temps à osciller de grandes orgues aux pianos classiques (Nexus), de voix féminines à de simples instrumentaux qui sont souvent organisés de manière similaire (Survival) : une introduction douce, un emballement puis… la piste suivante. Rien ne permet de se repérer dans ce Purgatoire, sauf éventuellement le livret, remarquable et didactique… De styles, point non plus : quelques bribes d’Ayreon (encore), deux ou trois agencements qui ne déplairaient pas à Genesis – Colossus Project, qui débute comme Genesis, pour enchaîner comme Ayreon (décidément) et terminer sur de la basse dégingandée et peu affable à la limite du jazz rock -, à Solar project (Entrance) ou à la musique New Age nippone (Mad Crayon)…

En somme, un joyeux bazar qui souffre d’un impact mémoriel faible. Ce quadruple coffret n’est pas mauvais, mais il reste illisible. Musea, qui veut faire œuvre de pédagogie, s’est contenté de produire un projet où se juxtaposent mille sensibilités, mille émotions, mille mélodies, tant et si bien qu’à la fin, il n’en reste rien. L’idée d’une compilation eût été bonne… avec un véritable maître d’œuvre. Longue est la route qui mène au Paradis…