Yoshie Fruchter - Pitom

29/11/2009

Par Christophe Manhès

Label: Tzadik / Orkhestra

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Entre culture musicale juive, lâcher prise punko-jazz-rock et origine new-yorkaise, Yoshie Fruchter ne pouvait échapper aux appétits modernistes de Tzadik, l’écurie du sieur John Zorn. Construit sur un binôme infernal composé de Yoshie Fruchter à la guitare et Jeremy Brown au violon, secondés par une section rythmique basse-batterie volcanique, Pitom prend dès son premier titre l’allure d’une bar-mîtzvah improbable, déjantée, où seraient invités à bœufer un orchestre klezmer et un gang noïse-rock proche de la puissance nucléaire de Sonic Youth (la furia « Go Go Golem » vaut son écoute).

Sur scène, cette musique qualifiée par ses auteurs de « punkassjewjazz » devrait prendre tout son sens. C’est un orage de décibel, une pluie violente de cordes en fusion où le violon et la guitare se disputent la suprématie métallique comme deux sales gosses ravis de mettre le boxon dans leur folklore. Le son très live (l’album est produit par Bill Laswell) déménage et il faut bien quelques rares plages plus apaisées où l’influence de John Zorn devient transparente (« Shikora », « Down ») pour reposer nos esgourdes endolories.

Parfois sur le fil de la justesse ou équarris à la hache — mais vu l’esprit noise, on s’en fout ! —, ces treizes titres résonnent dans le meilleur sens, celui d’une musique charpentée autour de la basse énorme de Shanir Blumenkranz, solidement interprétée et qui ouvre d’alléchantes perspectives. Plus rugueuse et virtuose que l’Eyal Maoz’s Edom sur le même label, ce quatuor de hors-la-loi procure un plaisir transgressif dont il faut tout de même être capable de goûter la force frénétique. Mieux vaut être prévenu.