Julien Lourau - Quartet Saïgon

29/11/2009

Par Jérôme Walczak

Label: Naïve

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Julien Lourau avait séduit un public aussi large que jeune avec Gambit qui gravitait dans des sphères électro ; dix ans plus tard, ce saxophoniste de grand talent revient à une dimension plus traditionnelle, en partenariat avec le pianiste Laurent Coq avec un album de jazz plus épuré, totalement acoustique et instrumental, qui réjouira à n’en pas douter l’amateur, tant les ensembles sont cohérents et maîtrisés, mais qui risque également de faire perdre pied à la jeune garde, attirée par ses sonorités plus modernes et plus accessibles.

Quartet Saïgon est un excellent disque de jazz dont la qualité sonore est pour ainsi dire irréprochable. L’artiste distille avec calme et sérieux une dizaine de morceaux qui ne se prennent pas les pieds dans les manies actuelles du genre : ne pouvoir s’empêcher de balancer de manière incohérente des références tantôt africaines, tantôt caribéennes, tantôt nord-américaines dans leurs productions, quitte à brouiller l’écoute. Ici, c’est bel et bien à un retour aux fondamentaux du genre auquel on assiste.

Julien Lourau soigne chacun de ses propos en de fines pièces parfaitement individualisables, simples et mémorisables. Cette simplicité de façade témoigne d’une virtuosité sans égal. Les saxophones alto et soprano ponctuent efficacement les différentes facettes de l’œuvre, secondés par une contrebasse parfaitement rythmée comme l’illustre « Saïgon », qui justement propose un développement construit, très évolutif, sans soupirs, avec un tempo accéléré par le piano et calmé méthodiquement par un saxophone assagi sans jamais être mélancolique ou plaintif.

Peu de temps morts pour un disque qui gagne même en densité et en sens à mesure que les écoutes se succèdent. Avec brio, Lourau et Coq, sans jouer les alchimistes stériles, montrent qu’un style ancien recèle encore de magnifiques potentialités. Voilà qui devrait faire réfléchir les obsédés de la nostalgie progressive : les mélodies ne sont pas à réinventer, seuls le soin et la cohésion entre les quatre membres du groupe suffit à réaliser une œuvre originale. Sans fioritures, sans esbrouffe, Julien Lourau fait mouche et offre sans conteste l’une des plus belles productions jazz de cette année.