Steve Thorne - Into the Ether

25/11/2009

Par Jérôme Walczak

Label: Festival Music

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Steve Thorne, c’est un peu la mère juive du progressif : dès qu’elle nous sort un album, elle ne peut s’empêcher d’inviter le ban et l’arrière ban de la colonie. Les crédits ressemblent plus à une page Wikipedia de l’anthologie du progressif en vingt volumes qu’à une épure virginale et austère (l’un allant en général avec l’autre). Ainsi, ont contribué à ce bulldozer (retenez votre souffle !) : Martin Orford (ex-IQ), John Mitchell (Kino, It Bites), Tony Levin (King Crimson), Pete Trewavas (Marillion, Transatlantic, Kino), Gavin Harrisson (Porcupine Tree), John Beck (Kino, Alan Parsons Project), Nick D’Virgilio et Gary Chandler (Jadis). Ce n’est plus un disque, c’est une chorale !

Ce troisième pensum du maître des lieux succéde au plutôt réussi Part Two: Emotional Creature. Et cette fois, une chose est sûre : c’est agréable sans être transcendant. Ce qui réussit bien à Thorne, et c’est franchement un compliment par les temps qui courent, c’est que le bonhomme ne renâcle pas à proposer de vraies chansons, avec des couplets et des refrains plutôt joyeux, aisément identifiables et mémorisables. Tout cela change des niaiseries de Marcoeur et consorts et il serait bien maladroit de s’en plaindre. Reste à savoir ce que ce disque bien construit et convenablement arrangé a dans le ventre… Réponse : de la resucée. Voilà, c’est dit. Notez bien que cela peut être de fort bon aloi, en certaines circonstances.

Chaque morceau tressaute et propose sa petite mélodie gentille et guillerette, emprunte ici et là quelques influences à Marillion (période Fish) et Genesis. Comme la voix de Steve ressemble de plus en plus à celle de Phil Collins, et que Fish ne dédaignait pas, lui aussi, se laisser aller à quelques intonations proches de l’ex-leader de Genesis, inutile de préciser qu’on se promène en terrain parfaitement balisé. « Kings of Sun » semble sorti tout droit de Clutching at Straws, avec ses écoulements de guitare et ses emportements vocaux proches de la déraison. « Paper Tiger », autre pierre de touche de l’album, est une complainte douce rehaussée d’un refrain hypnotique, qui devrait contenter un large auditoire. Enfin, « Curtain » est une ballade simplement fabuleuse, comme seuls les compositeurs de neo savent en proposer : mélancolique, optimiste et qui ferait un magnifique final au dernier tome du Seigneur des Anneaux.

Malgré toute l’ironie de cette chronique, chaque moment passé à écouter Into the Ether est un recueillement rare, tranquille et heureux, avec cette petite envie d’y retourner qui, sans conteste, indique que l’album joue dans la cour des grands et reste vivement conseillé.