Namchylak & Dee - Tea Opera

14/11/2009

Par Mathieu Carré

Label: Leo Records / Orkhestra

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Sainkho Namtchylak vient de la république de Tuva, un coin de la Fédération de Russie, perdu au nord de la Mongolie, berceau de musiciens reconnus pour leur maitrise du chant diphonique. Or, ce disque va bien au-delà du folklore, aussi pur et passionnant soit-il. Aucune collaboration n’effraie Sainkho, qui cherche sans arrêt à confronter son art aux autres cultures. Solidement ancrée dans son passé, elle laisse son chant animal rencontrer le monde.

D’un point de vue vocal, il convient d’évoquer d’autres légendes qui embrassent toute leur histoire dans le chant pour trouver quelques équivalents : Pepe de la Matrona, le fauve du flamenco « préhistorique » ou Nusrat Fateh Ali Khan et sa transe qawwali.

Toute en silences calculés, en envolée suraigües et en bruits de gorge divers, Sainkho façonne son univers. Cette rencontre avec le musicien expérimental Dickson Dee, basée sur le concept de l’histoire du thé en Chine (où l’album a été enregistré en live), possède le goût de l’inédit explosif, quand la symbiose s’installe intuitivement entre ces deux musiciens. Dee a agrégé dans ses machines toute la Chine : les parquets des pagodes qui craquent, le vent du désert et le flot de ses fleuves (« First Story ») mais également les sirènes des navires ou les antiques trains qui n’en finissent plus de freiner.

Toutes les humeurs se retrouvent dans cette rencontre. Heureusement, quand la violence monte, les improvisations s’abrègent d’elles-mêmes avant de sombrer dans une abstraction agressive et vaine (« Third Story »). A l’opposée, une douce atmosphère peut parfois s’installer, et quand les vibrations électroniques de l’Anglais se font régulières, Sainkho invente des bribes de berceuses et leur union prend des airs de musique électronique minimale, que ne renieraient pas les grands maitres du courant (« Second Story »). Pour cet album exceptionnel comme pour bien d’autres, la musique dépasse les mots qui tentent vainement de la décrire. Avec Tea Opera c’est à la transcendance artistique que l’on accepte de se confronter.