Murat Öztürk - Crossing My Bridge

23/10/2009

Par Aleksandr Lézy

Label: Laborie Jazz

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Comment se réinventer dans un genre tel que le jazz au vingt-et-unième siècle en Europe ? La réponse est délicate et on ne peut plus glissante. Redéfinir l’équation semble encore possible à condition que l’inconnu(e) soit schizophrène. Murat Öztürk n’a pas eu l’air de se poser la question du quand et comment. Le pianiste au patrimoine culturel étendu de par ses diverses origines joue ce qu’il aime et ce qu’il ressent. Son jazz mélange sensibilité, douceur et mélancolie… mais s’affiche comme très conventionnel. Un peu trop, en fin de compte, et c’est bien là le problème à l’heure actuelle : cette impression de rejouer éternellement le même disque. Malgré un jeu marqué par le perfectionnisme et la constance d’une harmonie aussi riche que pompeuse, Öztürk n’a sûrement pas eu conscience que sur la longueur, les mélodies sirupeuses et redondantes de Crossing My Bridge endorment et lassent. Quel dommage de traiter avec si peu de matière des idées pourtant brillantes au départ, dans des structures si simples et dépourvues de rebondissements. Le fait d’utiliser des jeux de mots pour sertir les titres de ses morceaux redonne de l’entrain à un jazz en désuétude, mais la musique doit surprendre, converser avec l’auditeur, et mis à part les deux interludes originaux que sont « Impact » et « Riposte », la beauté du bijou ne parvient pas à faire oublier son incommensurable légèreté. Murat Öztürk semble être promu à meilleur avenir s’il balaye la table d’un geste brutal de la main et se débarrasse de certaines tares spécifiques au jazz dit « d’ascenseur ».