Steve Vai - Where the Wild Things Are

10/10/2009

Par Nicolas Soulat

Label: Favored Nations

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Avant de pouvoir ne serait-ce qu’approcher ce nouvel essai scénique, il est impossible de ne pas disperser quelques préjugés coriaces qui tendent depuis trop d’années à déformer le travail du propriétaire. Clairement et définitivement : Steve Vai n’a rien d’un guitar hero aussi hérétique ou ridicule que cette affirmation puisse sonner. Depuis plus de vingt années, ce New-Yorkais, descendant spirituel de Franck Zappa, prend littéralement à contre-pied l’écurie Mike Varney en proposant une musique basée sur les arrangements et le langage.

Près d’un quart de siècle passé à conjuguer les harmonies, expérimenter les sonorités, à mettre doigts et cordes au service d’une expression artistique particulière transcendant le simple cadre de l’instrument. Difficile, après une écoute objective de quelques titres pris au hasard dans la discographie du bonhomme, de ramener les compositions à du rock instrumental dégobillant quelques soli trop rapides et sans feeling.

Aussi agaçante que soit cette mise au point, elle est un pré requis indispensable pour comprendre l’approche live défendue par l’« Alien » au fil de sa carrière et, une fois de plus, à Minneapolis. Cultivant un sens aigu du spectacle et désireux d’offrir une nouvelle dimension à ses compositions, le personnage bénéficie d’un capital séduction qui fonctionne parfaitement auprès du public. Renforcé par de fortes prédispositions au mime, bousculant au passage quelques codes éculés de la comédie, il est assez difficile de rester de marbre et de ne pas passer un bon moment tant la générosité amplifie le mélange des couleurs.

C’est donc sur cette base qu’un nouveau line-up prend place afin d’assurer pendant près de trois heures une prestation particulièrement étonnante. Pour le coup, l’instrumentation subit une refonte complète puisque les mélodies les plus tordues sont dorénavant doublées par deux violons en plus de la guitare principale. Ce sont Ann Marie Calhoun (charmante !) et Alex DePue (classe !) qui sont chargés de remplir un espace sonore occupé jusqu’à présent par Tony MacAlpine et Billy Sheehan. L’assise rythmique reprend de fait un second souffle accueillant Bryan Beller, parfait complément à la fougue jubilatoire de Jeremy Colson. Dave Weiner, qui semble construit pour durer, fait figure de jeune vétéran et scelle une fois pour toutes son talent dans la confiance portée par son pair guitariste.

La collaboration est magistrale, les archets sont exploités jusqu’au crin dans une symphonie pourtant très éloignée du classique ; l’exécution fait froid dans le dos et dévoile une interprétation sans failles de morceaux parfois revisités pour l’occasion avec douceur (« All About Eve ») ou exotisme (« Angel Food »). Et comme chez tonton Steve, le coté multi-tâches est bien souvent une fonction qualifiante, les deux violonistes en chef, en plus de titiller les ouïes, participent aux ambiances vocales et aux textures synthétiques qui viennent compléter un tableau à l’équilibre parfait, peut-être plus que d’habitude. En définitive, de la finition des costumes jusqu’aux dernières notes de « For the Love of God », tout s’imbrique comme par magie et il serait impoli de ne pas saluer l’énergie toute naturelle déployée pour rappeler au plus grand nombre qu’il existe encore une différence entre concert et spectacle.