Prince - LotusFlow3r

09/10/2009

Par Christophe Manhès

Label: NPG Records

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On ne fera pas l’injure de présenter le génial hobbit de Minneapolis, trente ans de carrière et seul bipède vivant à pouvoir encore tenir haut le flambeau de la pop funky depuis la disparition de Bambi, alias Michael Jackson. Non seulement Prince continue de régaler son public avec une musique voluptueuse, qu’il interprète avec la maestria d’une péripatéticienne de luxe, mais c’est aussi un véritable Machiavel du business, qui a profondément modifié les rapports entre artistes et maisons de disques, grâce à de fortes velléités d’indépendance. LotusFlow3r étant enfin apparu dans les bacs, c’est l’occasion de vérifier une fois de plus que le pédant magnifique est tout sauf un mauvais tripoteur.

Combien de musiciens ont-ils jamais été capables d’entamer un album avec pareille classe ? Trois percussions, trois notes et déjà s’impose aux oreilles l’idée cruelle que tous ne sont pas égaux face au talent. Dès « From the Lotus… », les agapes s’annoncent magnifiques et contient de ces recettes patiemment assimilées qui font le sel de la meilleure musique. De fait, LotusFlow3r est une perle, même si, comme pour ces petites merveilles nacrées aquatiques, il est serti d’une enveloppe grossière. Peu importe la pochette, d’un goût douteux, et les deux disques bonus insignifiants — surtout celui de sa protégée Bria Valente —, ils ne parviennent à gâcher la fête. Cet album exprime sans défauts la force tranquille d’un don en pleine maturité.

Au catalogue des plaisirs, il faut signaler avant tout que ce nouvel album renoue avec le Prince majestueux du cultissime Purple Rain. De la classe intégrale, de la sève funky et du blues-rock à faire triquer les murs (l’énorme leçon hard-rock de « Dreamer » est là pour en témoigner). Ensuite, autre divine surprise, LotusFlow3r est un véritable festival de guitares dont Prince égrenne le Kamasutra avec une facilité et un naturel bluffants. Riffs gouleyants, envolées lyriques multicolores (« …Back 2 the Lotus », « Love Like Jazz »), vibrato tueur, feux follets sonores et rythmes groovy (« Wall of Berlin »), ce guitariste d’exception nous rappelle sans effort qu’il est simplement l’un des plus grands.

Une fois de plus, Prince semble prendre son pied — et nous avec lui heureusement — en roulant une énorme pelle à sa propre musique. L’énergie et le degré de raffinement avec lesquels il l’exécute rendent son style aussi unique que captivant. Rarement, de sa voix de lutin libidineux, il aura si bien chanté, sachant toujours rester sobre et juste, pour un effet tout simplement flamboyant (le slow « Colonized Mind »). Ce LotusFlow3r s’approche de la perfection et devrait rassembler les fans, mais aussi bien au-delà. Sa majesté n’invente peut-être plus le funk, mais cette photographie sépia haute définition possède suffisamment de génie pour le maintenir au firmament des musiciens. Production, compositions, interprétation, tout est nickel. Cet album serait « une expérience galactique » selon son auteur. Possible. De manière plus prosaïque, il s’avère avant tout comme l’un de ses meilleurs.