Robert Wyatt - Radio Experiment Rome, Feb. 81

06/10/2009

Par Jérôme Walczak

Label: Rai Trade / Orkhestra

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C’est le 19 février 1981 que Robert Wyatt prend d’assaut les studios de la Rai, dans le cadre de l’émission Un certo discorso. Sans entrer dans des détails biographiques superfétatoires, il peut être utile de rappeler que cet immense Monsieur fut le batteur de Soft Machine et qu’il est, sans conteste, depuis quarante années, l’un des piliers de la musique contemporaine, tant ses compositions, improvisations, essais et concerts – à l’époque où il y en eut – surent inviter avec délectation au voyage et à la magie des harmonies.

Le grand homme est aux claviers, à la voix, à la batterie, et le principe de l’émission d’une simplicité rare : composer et interpréter ce que bon lui semble, sans entraves, sans limites. Inutile de le dire, la première écoute fut tout simplement un pensum… Les arythmies sont nombreuses, les mélodies rarement présentes au premier abord, les effets radiophoniques multipistes légèrement anxiogènes, et l’ensemble s’apparente de prime abord à une bouillie sonore de circonvolutions inaccessibles plus qu’à un petit chef d’œuvre façon Rock Bottom.

Et pourtant. Progressivement, graduellement, ces borborygmes finissent par occuper une place particulière entre les tympans, une cohérence prend naissance, et c’est à la suite d’écoutes multiples que chaque note acquiert son sens et se voit sublimer par celle qui la précède et celle qui la suit, à l’instar d’une essence rare ou d’un nectar subtil. Ce qui fait la grande force de ce disque, c’est la voix de Wyatt, qui subit mille torsions à mesure que les morceaux s’enchaînent. Chacune de ces déformations s’imprègne des instruments et la confusion des sens finit par être absolue : tout s’unifie pour le meilleur…

Les morceaux présentés sont, pour l’époque, politiquement incorrects (hommage à Nelson Mandela emprisonné, « Holy War » et ses relents d’ « Internationale » en sont de bons exemples). Chaque sonorité est ici étirée, remuée, triturée, pour conférer à l’ensemble de ces sessions inédites une unité dont on sort plus riche. Wyatt sait façonner les sons comme le potier sait créer avec l’argile. Il y a du divin dans ce disque, tant les enrobages, le naturel, les effets toujours simples et (finalement) accessibles viennent tranquillement s’harmoniser. Ne pas hésiter, et surtout, ne pas s’arrêter à la première écoute.