Tinyfish - One Night on Fire (DVD)

01/10/2009

Par Jérôme Walczak

Label: Metal Mind Productions

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Ce groupe londonien est composé d’un guitariste qui chante bien, Simon Godfrey, d’un guitariste qui se tait, Jim Sanders, d’un bassiste dont on ne dit pas grand chose, Paul Worwood, et d’un batteur simplement extraordinaire en la personne de Leon Camfield. Ces quatre jeunes mirliflores se sont mis en tête de jouer du rock progressif, tout en lançant un défi à la Perec : faire du progressif, oui, mais sans claviers, car le clavier, ça dégouline et ça sonne trop années soixante-dix… Ils décident donc de sonner plutôt années quatre-vingt-dix. Les resucées énièmes et anonymes de Genesis et de Pink Floyd n’ont plus qu’à bien se tenir.

Pour une fois qu’une formation souhaite s’affranchir du marasme musical ambiant, il faut le saluer. Le concert commence pourtant comme un vieux Marillion, avec un narrateur déguisé en Blues Brothers (et qui pousse le vice jusqu’à rouler les R) sur un fond musical évoquant « Misplaced Childhood » et « Hotel Hobbies » dans l’âme. Les titres s’enchaînent avec une batterie qui sait donner le tempo.

Musicalement, Tinyfish ne diffère en rien d’un groupe de néo. Si parallèle il y a, ce serait probablement avec la période rock de Pendragon, les aspects mélodiques en moins. Le son et les images sont remarquablement produits et à mesure que le temps passe, la tension monte, sans pour autant laisser une seule fois la part belle à l’émotion. Même banale, la voix de Godfrey sait faire mouche, mais là encore il manque le petit emportement magique propre à faire frétiller le non-Katowicien (on se demande encore pourquoi il faudrait préciser dans quelle salle de concert est jouée la totalité de la production néo-prog aujourd’hui…), la petite folie, le petit grain de sable qui gratte le gros orteil. Bref, c’est aussi emphatique qu’un club de bowling à Cergy Pontoise.

A se passer de l’un des instruments emblématiques d’un genre, on prend le risque du manque. En pareil cas, les autres instruments doivent être maîtrisés à la perfection, voire dépasser le champ de leurs possibles (Magma pourrait se passer de claviers, Vander saurait transformer une batterie en violoncelle…). Ici, ce n’est pas le cas. Le son de Tinyfish est glacial et trop mécanique : toutes ces compositions ne recèlent malheureusement aucune mélopée, aucune plainte encline à noyer l’auditeur dans des registres féériques.

Il faut bien être sévère, car ces musiciens savent composer des titres extraordinaires, tels que « Wide Awake at Midnight », qui n’est autre que l’un des grands moments de ce concert : le titre est long, créatif, varié dans sa structure, et sait activer les zones sensibles de l’auditeur par ses va-et-vient virevoltants entre guitares et batterie.

Sans panache, les Anglais font tout de même amende honorable, avec des influences qui gravitent entre For Absent Friend, Porcupine Tree et Pendragon. Mais il leur est nécessaire de trouver une place car leur style, alors qu’ils se veulent visiblement autonomes, devrait être pour le moins immédiatement identifiable. N’est pas Rush qui veut… One Night on Fire est en fin de compte un DVD qui procurera de bons moments au curieux, mais il ne faut pas s’attendre à des miracles. En sus, un petit bonus vient faire la lumière sur l’autoproclamé « plus petit groupe de la terre », grâce à l’entretien et l’historique présentés.