Gösta Berlings Saga - Detta Har Hänt

25/08/2009

Par Jean-Daniel Kleisl

Label: Transubstans Records

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Que les amateurs de rock progressif instrumental suédois, lorgnant vers King Crimson et aussi glacé que l’hiver boréal d’avant le réchauffement climatique se réjouissent ! Hurlant à la mort telle la meute de loup affamés depuis l’Epilog d’Änglagård, ces pauvres hères ont dû patienter près de quinze ans pour enfin apercevoir une lueur d’espoir dépressif : Detta Har Hänt ou le plus puissant détartrant de l’âme de cet an de grâce 2009.

Le nom du groupe est lui-même tout un poème. Inspiré d’un roman célèbre de Selma Lagerlöf, Gösta Berlings Saga connut en 1924 une adaptation cinématographique, considérée comme l’un des sommets du cinéma muet européen, et qui permit accessoirement à une actrice alors inconnue de crever l’écran : Greta Garbo. Si Tid är Ljud, premier essai paru en 2006, n’a pas eu l’impact dramatique du film, cette étonnante nouvelle production répond sans conteste par l’affirmative.

Les Suédois mettent d’emblée les points sur les « i » avec un « Kontrast » qui mérite bien son nom en rappelant le King Crimson de 1974. Le disque navigue entre les cassures, les dissonances, les ambiances terriblement sombres, et une approche plus jazz-rock, donc plus alambiquée. « Sorterargatan 3 » rappelle avec bonheur ces deux écueils. A contrario d’un Änglagård qui pouvait apparaître bordélique (mais quel superbe bordel !) et déconstruit, la musique de Gösta Berlings Saga reste très structurée, tant du point de vue rythmique qu’harmonique.

Les sonorités seventies des claviers analogiques (Fender Rhodes, orgue Hammond et l’irremplaçable Mellotron) sont amenées à la fois avec finesse et puissance mais n’écrasent jamais le propos. Elles permettent ainsi au guitariste Einar Baldursson de créer de superbes fresques que n’auraient pas reniées un Reine Fiske (« Nattskift », « Västerbron 05:30 »). Il va presque sans dire, pour ce type d’ensemble très exigeant, que la section rythmique se contente non seulement d’accompagner, mais également de relancer avec brio la machine.

Tout en se permettant quelques petits excursus electro et expérimentaux, cet album réussit le pari de proposer un rock instrumental captivant de bout en bout. S’il reste dans la lignée de l’école scandinave, il n’en tombe pas dans les lourds travers que certains n’ont pu éviter, à commencer par Wobbler. Mattias Olsson (d’Änglagård, évidemment !) a eu fin nez en prenant Gösta Berlings Saga sous son aile protectrice !