It's the End - It's the End

13/08/2009

Par Nicolas Soulat

Label: Musea

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Aussi mystérieux qu’une cité d’or, voire aussi impénétrable que le niveau moins cinq du Pentagone, ce projet psychédélique est composé de quelques Norvégiens fous à lier répondant à plusieurs doux sobriquets tels que « Retch » ou encore « Quibble ». A l’instar de toutes les aventures musicales flirtant avec l’expérimental, le propos reste extrêmement difficile à cerner, d’autant plus que ces messieurs prennent un malin plaisir à en découdre avec les conventions.

S’il s’agit définitivement de jazz fusion, les limites sont bien vite franchies avec l’apport de textures électroniques ponctuées de bizarreries organiques proprement indescriptibles. Impossible de conserver un fil conducteur et le travail de déchiffrage mettra le bon sens des plus avertis à rude épreuve. Quelques oasis trop rares permettent néanmoins d’apprécier le feeling musical des propriétaires et d’y trouver un certain repos auditif. Par conséquent, inutile d’évoquer les formidables aptitudes techniques des instrumentistes.

Les compositions marient harmonies décousues et rythmiques brisées tout en conservant une approche du trio guitare basse batterie. Plusieurs ambiances cinématiques nourries de percussions et de voix enivrantes viennent enrichir la palette de sonorité et proposent des panoramas inaccessibles et envoûtants. Devant tant de complexité, il sera probablement salvateur de faire preuve de culture musicale pour convenir de ce tour de force. Loin d’avoir dévoilé tous leur secrets, les matériaux hérités des Frank Zappa, Chick Corea et Allan Holdsworth sont ici transcendés et transportés au niveau suivant qu’est celui du XXIe siècle.

Enfermez Pierre Boulez dans une poivrière (l’image est curieuse mais c’est cadeau) et tournez la manivelle au dessus du plat : vous obtiendrez un mélange certainement élitiste qui aura toutefois le mérite de faire évoluer ce genre musical là où l’on ne l’attend pas ; une belle preuve d’intégrité et de liberté à saluer. Il est cependant toujours délicat et risqué de crier « qui m’aiment me suivent ! » en jouant dans une cour où les seules personnes présentes sont déjà fatiguées. Du respect, c’est certain… mais à quel prix ?