Indukti - Idmen

04/08/2009

Par Jean-Daniel Kleisl

Label: InsideOut Music

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Indukti avait publié S.U.S.A.R. en 2004, premier album autoproduit très remarqué notamment depuis sa réédition l’année suivante chez Laser’s Edge. Ce mélange de noirceur au violon plaintif rappelant King Crimson et de metal lourd à la structure complexe entrecoupé de délicieuses parties de harpe se classait parmi les meilleurs espoirs de l’année dans nombre de rédactions. En outre, Mariusz Duda de Riverside apposait sa voix de fort belle manière sur trois morceaux. Attendu depuis si longtemps que l’espoir d’une sortie se réduisait jour après jour, Idmen est enfin là, et pas qu’un peu.

Si leur précédent invité avait pris le groupe sous son aile protectrice et en adoucissait le propos, de nouveaux convives accentuent désormais le côté sombre d’Indukti. En témoigne « Sansara » qui incarne à merveille la recette des Polonais ; cette alternance de passages puissants sur lesquels se superposent les lancinances du violon d’Ewa Jablonska et des parties plus éthérées presque post-rock. On notera une violence nettement plus marquée dans le propos et une production bien plus lourde que par le passé. Wawrzyniec Dramowicz et sa batterie sont particulièrement mis en évidence.

L’évolution musicale du groupe est surtout perceptible dans les compositions chantées, à commencer par l’un des sommets de l’album, « Tusan Homichi Tuvota », où le travail de Nils Frykdahl (Sleepytime Gorilla Museum) est superlatif. Contant une légende des Indiens Hopi à propos d’un rapace voleur de poulets (et qui explique en partie la pochette « ethno » de l’album), le morceau est construit en une progression intense, dominée par les vocalises terrifiantes de Nils dans un mélange intriguant entre le King Crimson de Larks’ Tongues in Aspic, celui de The Power to Believe et Neurosis. Opeth n’a par exemple plus aussi puissamment sonné depuis de nombreuses années. Idmen reste le plus souvent à ce niveau d’excellence, ténébreux et efficace, tant dans les riffs que dans les structures, parfois déconcertantes.

Il est à citer également la splendide prestation de Michael Luginbuehl (Prisma) sur « Nemesis Voices », aux accents évoquant fortement Tool, ou encore « Ninth Wave » et ses interventions de trompette remarquables qui clôturent magnifiquement le disque.

L’approche presque trop prog’metal nineties de « …And Who’s the God now?!» (qui aurait pu figurer sur un album d’Ayreon), bien que de bonne facture, stigmatise néanmoins une formation de la trempe d’Indukti. Le chant classique de Maciej Taff (Rootwater) explique sans doute pour une bonne part cette impression. De plus, la trame harmonique de la composition reprend celle du remarquable instrumental « Mantra », disponible en bonus vidéo sur S.U.S.A.R.. On pourra aussi arguer de la présence trop imposante de la batterie dans le son général de l’album, particulièrement lors des passages à la double pédale (« Ninth Wave »).

Idmen représente toutefois un deuxième essai des plus réussis de la part d’un groupe qui a su absorber ses influences avec brio. Indukti sait jouer avec les ambiances, généralement pas très joyeuses, use savamment de cassures rythmiques et harmoniques plutôt que développer de grandes lignes mélodiques à l’instar d’un Riverside. En se démarquant de la sorte des autres formations de son pays, les Polonais sont parvenus à construire peu à peu une solide réputation internationale. InsideOut Music a eu bien du flair pour l’occasion.