Jono El Grande - Neo Dada

13/07/2009

Par Christophe Manhès

Label: Rune Grammofon

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Un sacré loustique ce Jono El Grande. Compositeur, orchestrateur et guitariste, ce Norvégien est un grand excentrique adepte des spectacles live déjantés. On pourrait en dire autant de sa musique sauf que depuis Sleepytime Gorilla Museum, on a définitivement compris que la contre-culture rock pouvait ne pas être vue que par le petit bout de la lorgnette. L’option underground et contestataire n’est plus nécessairement synonyme de chaos conceptuel ou de boxon « punkoïde ».

Aujourd’hui des compositeurs rock assimilent naturellement l’idée qu’avant de briser les codes fatigués du langage musical, il est préférable d’en connaître d’abord la grammaire sur le bout des doigts. Et la grammaire, l’autodidacte Jon Andreas Håtun, alias Jono El Grande, la connaît plutôt bien. Adepte de Captain Beefheart, King Crimson, Gentle Giant ou encore Igor Stravinsky, le bonhomme est capable de coucher sur papier des partitions dignes de la musique de chambre d’Edgard Varèse, tout en y mêlant le style ébouriffant et humoristique de Frank Zappa.

Ce joyeux drille a de toute évidence puisé allègrement aux sources du rock in opposition nordiques, entre les complexes embardées de Samla Mammas Manna – un des fondateurs du mouvement – et la musique klezmer d’Alamaailman Vasarat, sans oublier l’énorme influence de Gentle Giant et de la musique contemporaine. Jono El Grande s’est même fendu d’écrire dans ce dernier style une longue et magnifique pièce intitulée « Your Mother Eats Like a Platipus ». Comparé à l’album Fevergreens sorti en 2003, Neo Dada abandonne l’ascendant orchestral du big band pour se diriger vers un son plus rock et moderne irréprochable d’une part, et de l’autre les finesses acoustiques de la musique de chambre, le tout, et c’est une performance, dans une osmose parfaite.

La sophistication n’est pas nécessairement synonyme d’intellectualisme ou de complexité, c’est avant tout un puissant moyen d’expression dont Jono El Grande a su parfaitement se saisir. Fruit du travail d’orfèvre de cet hypertalentueux musicien, Neo Dada convainc donc largement et valide la démarche casse-gueule d’une avant-garde ambitieuse mais toujours stimulante, accessible et terriblement colorée.