Queensrÿche - American Soldier

13/07/2009

Par Christophe Gigon

Label: Rhino

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Ecrire que Queensrÿche vient de terminer une très longue traversée du désert entamée en 1997 avec l’album Hear in the Now Frontier relève de l’euphémisme. Car les douze années qui suivront n’auront de cesse de prouver au public que le groupe qui régnait alors en maître sur le metal progressif (alors que Dream Theater passait pour un potentiel suiveur) ne savait plus vraiment à quel concept se vouer. La défection du guitariste (et principal compositeur de la formation américaine) Chris De Garmo l’année suivante ne laissait en effet rien présager de bon pour l’avenir.

Après deux albums inégaux enregistrés avec l’aide de guitaristes remplaçants (Q2K en 1999 et Trybe en 2003), la séquelle médiocre de leur œuvre majeure (Operation Mindcrime II en 2006) a définitivement sonné le glas de la crédibilité de la bande à Geoff Tate. Et ce n’est certainement pas l’album de reprises Take Cover (2007) qui risquait de renverser la vapeur. Comme si depuis le majestueux Promised Land (1994), le génie et la classe qui habitaient le quintette de Seattle avaient pris la poudre d’escampette. A la même époque, Marillion vivait semblable expérience, heureusement, la convalescence fut moins longue pour nos chers Anglais !

American Soldier rassurera enfin l’amateur éclairé et éternel amoureux des albums phares cités. La thématique développée tout au long de cette douzaine de titres tous plus percutants les uns que les autres a pour but d’exposer crûment les affres de la guerre, tels que vécus par ceux qui la vivent en premier chef, c’est-à-dire les soldats. L’idée d’un tel exposé a germé quand le chanteur et parolier Geoff Tate proposa à ses comparses le projet émouvant d’interroger son propre père, vétéran de la Guerre du Vietnam. Bientôt suivirent des dizaines d’autres enregistrements de militaires ayant vécu les conflits durant la Guerre de Corée, la Guerre du Golfe, en Afghanistan, en Irak, etc. Il ne s’agit donc pas d’un pamphlet dirigé contre une guerre en particulier mais d’une réflexion basée sur l’absurdité intrinsèque d’un tel moyen pour arriver à ses fins.

Les voix et commentaires qui ponctuent les pistes musicales sont toutes extraites de réelles discussions menées par les principales chevilles ouvrières, perdues au cœur même du chaos le plus définitif. Pour contrebalancer le poids des mots, il fallait une musique forte, sobre mais classieuse. Pari réussi. Jamais Queensrÿche n’a sonné aussi bien depuis quinze ans. On retrouve enfin les compositions ambitieuses d’antan (époque Operation Mindcrime), véritables pièces d’orfèvrerie taillées dans du diamant brut. Celui qui a toujours tenu le second rôle depuis la formation du groupe, l’« autre » guitariste, Michael Wilton, a pris la responsabilité de toutes les parties de six cordes, et avec quel brio !

Le quatuor bénéficie en outre de l’aide d’un musicien additionnel pour la tournée qui promeut l’album, issu du Geoff Tate Band, le jeune Parker Lundgren. La production, volontairement très moderne, donne un second souffle à l’ensemble qui a ainsi l’avantage de ne jamais sonner « années quatre-vingt » On ne pouvait pas en dire autant de l’album précédent…

« On your feet ! » hurle à pleins poumons un militaire gradé à ses soldats en ouverture du disque. Et ce cri de haine et de désespoir, par sa puissance affirmée, est à l’image de la renaissance de la formation américaine et de son dernier excellent album. Ce n’est pas on your feet mais bel et bien sur le cul qu’on se retrouve à l’écoute de ce retour en grâce du Pink Floyd du metal. Incontournable.